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entrevues hot docs: voix de la communauté
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entrevues hot docs
Transcriptions des entrevues effectuées au festival de films documentaires canadiens Hot Docs, du 25 avril au 4 mai 2003

Troisième thème: Voix de la communauté
Les documentaristes parlent pour eux-mêmes ou s'adressent-ils à une communauté plus étendue ? Quels sont les véritables détenteurs de leur histoire ?

Sara Diamond et Peter Wintonick
Sara : Je crois que tu es un utopiste, Peter. Les producteurs de documentaires n'ont pas tous forcément un engagement politique ou un sens des responsabilités envers la collectivité. Les producteurs plus radicaux, si, à mon avis, et les nouvelles technologies favorisent certainement cela. Il y aussi des auteurs de documentaires qui veulent surtout livrer une opinion passionnée sur un sujet donné - peut-être avec un angle politique, mais sans nécessairement s'engager à donner une représentation égalitaire des sujets.

Peter : Dans la grande famille des documentaires numériques, des cyberdocs - peu importe le nom qu'on leur donne -, il y a certainement de la place pour que chaque ruisseau ou rivière trouve sa voie et se joigne au grand fleuve du documentaire!

Sara : Alors peut-être que nous devrions passer en revue ce que les gens nous ont dit ces derniers jours au festival Hot Docs. Commençons par la relation entre le point de vue du cinéaste et la représentation de la collectivité. De quoi y était-il question, selon toi?

Peter : Ce qui est épatant, c'est qu'on puisse exprimer un point de vue, même dans le documentaire numérique. C'est encore une affaire d'auteur et d'amour-propre, qui peut se traduire par un examen de la forme et du numérique, en plus de ce que nous appelons une opinion, un point de vue éditorial, un film d'auteur. J'estime que les nouveaux médias font une large place à l'expression.

Marc Glassman:
Si on considère les traditions culturelles, certaines cultures valorisent la notion de l'auteur individuel, alors que d'autres célèbrent plutôt, il me semble, le fait de raconter des histoires en groupe. Je crois que cette tradition est plus répandue chez les Premières Nations qu'au sein d'autres groupes ethniques. Et donc, la production documentaire qui nous vient de peuples autochtones - pas juste du Canada, mais aussi d'Inde, de Taiwan, d'Australie, de Nouvelle-Zélande et d'ailleurs dans le monde, y compris les États-Unis, certainement - reflète cette idée de l'auteur qui est prêt à subsumer sa personnalité dans une voix qui représente sa collectivité.

Ce n'est peut-être pas le cas de tous les groupes. Par exemple, je suis membre de l'ethnie juive. Je dirais que - bien que les Juifs soient certainement prêts à considérer qu'ils représentent un point de vue politique quelconque, qu'ils soient radicaux ou libéraux, pro ou anti-Israël, par exemple - ils auront plutôt tendance à s'exprimer au moyen de leur voix individuelle, ou peut-être en empruntant la voix individuelle de quelqu'un qu'ils admirent. Ce qui modifie beaucoup l'idée de représentation de la collectivité, puisque c'est l'auteur qui dit : « Je suis la collectivité. Mon propos - qui est honorable et intègre - constitue le message que la collectivité devrait entendre, et qu'elle entendra, de fait, si elle prend connaissance de mon livre, de mon film - enfin, de l'objet artistique que je lui propose. » Les différences entre ces deux exemples me paraissent énormes. En schématisant un peu, je dirais que les États-Unis illustrent la notion de la voix individuelle. Et que le Canada est une société plus axée sur le consensus, et que les Canadiens, je dirais - peu importe le groupe ethnique dont ils font partie - souscrivent plutôt à la notion d'une voix collective.

Aerlyn Weissman
Les gens pensent à toutes sortes de choses lorsqu'ils entendent parler de Web Cam Girls : non, il ne s'agit pas de pornographie. Le film porte sur la façon dont les nouvelles technologies rencontrent le désir des femmes de faire le récit de leur vie. Or par le passé, les réalisations et les vies des femmes n'ont pas été racontées de la même façon - ni en aussi grand nombre - que celles des hommes. Il est donc toujours intéressant de voir comment elles s'expriment. À mes yeux, cela relève d'une tradition plutôt littéraire qui remonte à Jane Austen - les femmes qui parlent de ce qu'elles vivent : bien sûr, le journal intime, le confessionnal et l'autobiographie ont été des formes traditionnellement féminines. J'estime qu'Internet est en train de créer toute une nouvelle façon d'exprimer ces réalités, et c'est une forme d'évolution - qui passe beaucoup par le texte pour l'instant - mais les webcams ajoutent une autre dimension d'éléments visuels, qui sème une certaine panique puisqu'on se demande qui va contrôler la représentation du corps des femmes. Personnellement, j'ai été technicienne dès mes débuts dans le milieu du cinéma, alors j'ai toujours été intéressée par la façon dont les femmes lancent ou adoptent de nouvelles technologies.

Loretta Todd
Un des enjeux relatifs au travail du documentariste au sein d'une collectivité, c'est de comprendre que le récit appartient à la collectivité. Quand on commence par là, je crois que les gens le sentent. Ils comprennent que le cinéaste arrive là sans avoir le sentiment de détenir quoi que ce soit. Ce qui m'appartient, c'est moi-même en tant que cinéaste; c'est mon métier, ma propre façon de raconter une histoire. Et si je respecte ça en moi, je crois que les gens vont le sentir, ça favorise la possibilité d'un lieu de rencontre. Ce que j'essaie de faire, aussi, c'est de respecter le protocole. Dans la mesure du possible, j'essaie de veiller à ce que nous ayons une manière commune de nous saluer, par exemple, de manière à ce que ces gens sachent que je respecte leur protocole et afin qu'ils respectent le mien. Pour moi, c'est un point de départ.

Tant de cinéastes documentaires - je ne veux pas avoir l'air de critiquer -, mais, très souvent avec les documentaristes, j'ai eu l'impression que tout est axé sur le cinéaste. Même si le film ne porte pas sur le ou la cinéaste, il me semble qu'on voit souvent le cinéaste se féliciter d'avoir obtenu cette autorisation, de s'être rendu là où personne n'avait réussi à pénétrer. Dans le monde du documentaire (non autochtone), il y a des gens qui commencent à se lasser de cela et qui sont capables de renoncer à cette voie, et ce, sans estimer qu'elle leur rapportera plus de gloire. On constate que la barrière entre le sujet et le cinéaste tombe et qu'une plus grande complicité s'y installe.

Arlene Ami
À titre de Canadienne d'origine philippine, il était très important pour moi que les récits de ma collectivité rejoignent une communauté plus vaste. Il s'agit de récits des Néo-Canadiens, et il est important pour nous de connaître leur histoire. Et comme les femmes se retrouvent souvent dans des régions isolées, leurs récits ont tendance à demeurer invisibles. Il était vraiment important pour moi que ces récits deviennent visibles.

Lorsque je parle de ce documentaire à des membres de la communauté philippine, d'abord ils sont très étonnés d'apprendre qu'il y a un documentaire qui porte sur les membres de nos communautés - parce qu'il y a très peu de choses qui portent sur la communauté philippine. Ensuite, ils sont d'autant plus étonnés d'apprendre que c'est une Philippine qui réalise un film sur leur communauté. C'est génial d'obtenir ce genre de réaction, et ça m'encourage à poursuivre. Et c'est ce que j'ai bien l'intention de faire : suivre et relater les récits de la communauté philippine.

Ève Lamont
Mon dernier documentaire s'intitule Squat. Je l'ai terminé en 2002. C'est à propos de l'histoire de squatters à Montréal qui ont occupé un bâtiment vacant, au nom du droit au logement. L'histoire que j'ai suivie, de l'intérieur, a été très médiatisée, mais tout à fait faussée. Moi, je l'ai fait en donnant la parole aux squatters, une parole qui a été complètement étouffée durant l'occupation.

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