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entrevues hot docs: outils pour le changement
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entrevues hot docs
Transcriptions des entrevues effectuées au festival de films documentaires canadiens Hot Docs, du 25 avril au 4 mai 2003

Septième thème: Outils pour le changement
Les attentes envers les nouveaux médias sont-elles justifiées ? Les technologies numériques représentent-ils simplement des outils pour les documentaristes ? Ou redéfinissent-ils la forme des documentaires ?

Sara Diamond et Peter Wintonick
Sara : Parlons un peu des médias numériques; s'agit-il simplement d'un autre ensemble d'outils ou comportent-ils vraiment de nouveaux éléments pour les réalisateurs parce qu'ils sont différents? Qu'en penses-tu?

Peter : Je crois que les outils sont très importants et que, en fin de compte, ce qui est important, c'est l'art et c'est d'oublier que nous nous servons d'outils. Si nous comparons l'histoire du cinéma et des procédés de saisie de l'image depuis 1895, nous pouvons établir un parallèle, en quelque sorte, entre l'histoire... disons des frères Lumière, qui possédaient quelques-uns des premiers procédés commerciaux de la photographie, et des poètes et des magiciens comme Méliès. Et l'histoire dans ces domaines a évolué parallèlement. Il est important de vraiment connaître ses outils si on est un artiste comme Van Gogh afin de bien saisir la qualité des peintures, des pinceaux et des toiles. Toutefois, cette connaissance des outils ne garantit pas qu'on soit capable de peindre de beaux tournesols.

Sara : Il est intéressant de constater que l'ancienne génération de documentaristes, et pas seulement elle, voit tout simplement les technologies numériques comme un autre ensemble d'outils qui en enrichit l'assortiment. Quant aux jeunes réalisateurs, ceux de Phone-book par exemple, ils se servent d'outils très particuliers de diverses façons afin de créer un espace de participation. Nous avons aussi vu émerger le phénomène des micromédias, ou microdocumentaires, qui sont des documentaires en série où on capture des expériences immédiates presque 24 heures sur 24, sept jours sur sept, et pour lesquels on utilise une technologie de très bas niveau, et ce, autant pour l'auditoire que pour les réalisateurs. Ce type de documentaire est possible parce que les outils sont différents et qu'ils permettent de réaliser des choses différentes. Donc, je ne crois pas que les outils ont vraiment changé le genre de productions qui sont réalisées, même si des caméras légères à bon marché sont maintenant disponibles et qu'elles facilitent beaucoup la production.

Peter : Les outils modifient également notre relation avec le sujet et avec le média lui-même. Ils aident à redéfinir ce que nous faisons, on l'espère, chaque fois que nous sommes diffusés. Je crois qu'il doit y avoir une sorte de communion avec l'outil : en transcendant les mécanismes et l'électronique, nous pouvons nous en servir comme d'une arme invisible.

Jim Compton
La technologie est un nouvel outil : c'est l'arme moderne que nous possédons. Jadis, nous avions un arc et des flèches, maintenant nous avons un trépied et une caméra. Au fond, on l'utilise pour faire du tort à certains ou, en fait, pour redresser certains torts - c'est arrivé avec les Autochtones, ou pour lutter en se servant du média qu'est la télévision afin de gagner de la visibilité. C'est une des raisons principales qui a motivé la création du réseau APTN, afin de mettre en relief ce qui n'était pas entendu. Par exemple, si nous faisons un pas en avant pour récupérer certaines de nos terres, les gens le verront et ils auront peut-être une meilleure compréhension de la situation. Cette visibilité est importante pour nous. Il s'agit d'un outil extrêmement puissant que nous utilisons de plus en plus.

Marc Glassman
Aujourd'hui, un grand nombre de personnes sont initiées aux médias et de nombreux enfants apprennent à s'en servir sur-le-champ. Déjà ils utilisent des caméras vidéonumériques, déjà ils apprennent à monter leurs propres webzines; ils sont toujours en ligne, connectés au monde. C'est fantastique. Jamais nous n'aurions pu nous l'imaginer. C'est encore plus que ce que la science-fiction aurait pu nous dire il y a vingt ou vingt-cinq ans. Je constate avec mes propres enfants et avec leurs amis à quel point ils sont brillants, ces jeunes qui ont maintenant quinze ou vingt ans. Je vois le travail éblouissant dont ils sont capables et celui qu'ils sont déjà en train d'accomplir. Alors, il se trouve - et on peut dire ça des personnes en milieu de carrière, bien sûr - qu'ils sont en mesure de travailler avec des caméras DV, de faire du montage AVID et de pouvoir réaliser des films de 100 000 $, qui sans cet équipement leur coûteraient 500 000 $ à produire. C'est un avantage. Bien sûr, ce qui fait aussi partie de cet avantage, c'est ce que nous faisons ensuite de la diffusion et de la transmission en mode continu avec la nouvelle méthode révolutionnaire de distribution numérique. Je trouve que tout cela est merveilleux. À ce point, la technologie nous mènera aussi loin que possible, à certains égards, comme de réaliser un film avec des moyens équivalant à ceux nécessaires pour écrire un livre, et nous sommes vraiment très près de cette possibilité. Lorsqu'on décide d'écrire un livre, lorsqu'on le veut vraiment, il suffit de s'asseoir et de l'écrire. Pas besoin de gros budgets : si on reçoit un peu d'argent, on achète du temps et c'est tout ce qui est nécessaire. Nous sommes presque rendus au point où les réalisateurs dans cinq ou dix ans - demain - pourront s'asseoir avec un petit budget et réaliser leurs propres travaux personnels. Cette réalité s'applique aussi aux documentaires, aux feuilletons et au cinéma expérimental. C'est génial.

Paul Jay
Pour moi, les documentaires ne sont qu'un moyen d'expression, et peu m'importe qu'il s'agisse d'un livre, d'un article ou d'un documentaire. Je me moque de porter le titre de « cinéaste ». Je suis documentariste parce que c'est un moyen de s'exprimer, et d'explorer le monde. Mais qu'il soit question d'un documentaire ou de fiction, d'un film ou non, ça n'a aucun intérêt pour moi. Il se trouve que j'ai découvert un moyen d'expression, et que parfois j'ai pu gagner ma vie avec ce moyen. Il ne s'agit pas d'une préférence de média : si un autre média me plaisait davantage ou s'il était plus approprié à un projet, je l'utiliserais. Voilà en partie pourquoi, lorsque nous engageons une conversation sur les médias, ce débat sur les nouveaux médias et la technologie moderne ne me passionne pas énormément. Il ne s'agit après tout que de nouveaux outils. Avant, je me servais de Steinbeck pour mes plans-films, maintenant je me sers de Media 100. Je préfère Media 100, mais ce n'est qu'un outil plus récent, sans plus.

Monique Simard
Au fond, je suis de la génération des gens qui considèrent, lorsqu'ils font un film, qu'une caméra est une caméra, même une mini DV. Nous prenons les images et l'enregistrement sonore, ensuite nous allons dans la salle de montage pour produire un film, et, une fois terminé, il est diffusé. Aujourd'hui, le procédé est beaucoup plus interactif. Nous pouvons utiliser les sites Web, discuter des procédés et présenter des extraits de notre travail. Des gens interviennent lors de la réalisation du film : il y a de l'interactivité. Je suis consciente de cette nouvelle réalité et parfois j'y participe, mais il reste que c'est tout nouveau pour moi. Je crois d'ailleurs que pour la plupart d'entre nous, nous devons l'admettre, nous ne prenons pas encore une part très active à ces nouvelles façons de faire.

Pour nous, Internet est un outil fait pour envoyer et recevoir de l'information, c'est interactif à cause de la circulation de l'information. Ce n'est pas encore très naturel pour nous de regarder en ligne des images ou des documents. Je connais beaucoup de personnes, des jeunes, qui le font et qui ne produisent que pour ça. Je suis d'une autre génération. La situation va probablement changer et je changerai aussi, je l'espère. Reste que je considère encore Internet et les sites Web comme des supports aux procédés cinématographiques, plus que comme un produit en soi.

John Haslett Cuff
Je crois que ce qui est intéressant à propos des nouvelles technologies, même si je suis immunisé, c'est l'expression démocratique. Il s'agit de rendre ces outils de communication accessibles au plus grand nombre possible. Après tout, je crois qu'il s'agit d'un point positif. Chaque effort pour dégager le pouvoir de communiquer de l'emprise des compagnies protégées par de bons avocats et qui font tout ce qu'elles peuvent pour posséder chaque chose en ce bas monde est génial.

The-Phone-Book-Ltd
Fee Plumley. Presque tout le monde possède un téléphone cellulaire, mais peu de gens savent qu'ils peuvent élaborer un contenu avec ce même téléphone cellulaire. Internet a donné du pouvoir à tout le monde : les gens savent qu'ils peuvent faire un site Web très facilement. Toutefois, ils n'entretiennent pas cette attitude à l'égard de leurs téléphones cellulaires. Mais ils sont bien contents de payer des services que d'autres leur vendent et qui proviennent de corporations offrant des produits nuls. Nous croyons donc que les gens ne se rendent pas encore compte de l'occasion fantastique qui leur est offerte. C'est pourquoi nous organisons des ateliers, afin de leur montrer les possibilités auxquelles ils n'avaient pas pensé.

Aerlyn Weissman
Oui, les nouveaux médias. Bon, quels sont-ils? Premièrement, je dois dire que chaque fois qu'un nouveau moyen de communication a été perfectionné - que ce soit la photographie, le télégraphe, la télévision ou le magnétoscope - pour communiquer ou pour produire des images, chaque fois l'événement a révélé des choses intéressantes sur le plan de certaines angoisses sociales. Et les mêmes questions refont surface chaque fois. La première concerne « l'authenticité ». Est-elle véritable? La seconde question qui revient constamment porte sur le respect de la vie privée. Les limites entre le confidentiel et le privé se déplacent sans cesse. Un des autres comportements qui survient est celui-ci : au début, un questionnement, et même un certain mépris, persiste à l'égard des nouvelles formes d'outils qui ont un potentiel artistique. Pouvez-vous vous imaginer en 1912, où quelqu'un, brandissant le dernier modèle de caméra George Eastman, qui dirait « Regardez, regardez ce superbe outil dernier cri », se ferait répondre « Bien, à quoi ça te sert? N'es-tu pas capable de peindre? » Bien, c'est un peu ce à quoi nous assistons, c'est ce qui est arrivé avec la vidéo et c'est ce qui se produit de nos jours avec Internet et les webcams. A priori, les gens ont beaucoup investi dans les formes d'art traditionnel. Tout comme ce fut le cas avec la photographie, avant qu'elle soit acceptée parmi les beaux-arts, les gens ne reconnaissent pas d'emblée qu'il s'agit là de nouvelles possibilités favorisant la créativité et l'expression individuelle.

Erica Pomerance
Je suis ce que Dorothy Hénaut appelle une « folle de la techno ». J'apprends, disons, par instinct. Je ne connais pas beaucoup les nombres d'ouvertures et même la photographie traditionnelle, car [la technologie numérique] est si simple que j'en ai moins peur, et faire ce que je veux devient si facile que je le fais, c'est tout. En fait, les gens me disent : « C'est toi qui as pris ça? » et je réponds « Oui, c'est moi », « Pas si mal », alors je réponds « Non, pas si mal. » Alors, je crois que lorsqu'on ne craint pas de l'utiliser, on peut l'utiliser. C'est une simple question d'en profiter.

Loretta Todd
Comme je suis une réalisatrice de documentaires qui va sur le terrain, la plus grande partie de mon activité s'y déroule. Il faut quand même avouer que les caméras ont changé. En travaillant sur ce film, je me suis servie de trois formats : DVcam, mini DV et Beta numérique. J'ai trouvé intéressant de penser : « D'accord, j'ai tous ces formats différents, tous numériques, je peux m'en servir et tout ira bien », mais ce n'est pas vrai. Je constate que tous ces endroits différents, ces logiciels, ces programmes et ces maisons de relais, ne sont pas encore tous en contact les uns avec les autres. La technologie numérique n'est pas encore bien répandue. Alors, on se retrouve à essayer de conjuguer tous ces éléments et ce n'est pas possible. Il y a toujours une étape supplémentaire avant d'atteindre un but : « j'ai cet artiste, je vais traiter l'image avec after effect, ensuite je le ferai disparaître et je l'amènerai là-bas ». Et on se rend compte que c'est impossible parce que tel dispositif est éteint et qu'on ne voit rien. Ainsi, ce n'est pas vraiment la révolution qu'on espérait.

Arlene Ami
J'incite vivement les gens à utiliser mon site Web pour obtenir plus de renseignements de base concernant les possibilités qui sont offertes aux femmes qui choisissent de vivre un mariage par correspondance. Je suis constamment en train d'enrichir cette information, mais ce que je souhaite, c'est de trouver des liens qui fourniront à ces femmes un accès supplémentaire à de nouvelles ressources. J'espère donc bien dénicher ces renseignements. Je prépare également un guide qui accompagne le documentaire, ce qui aidera les gens à engager des discussions plus poussées. J'espère le mettre sur le Web pour ainsi générer plus d'interactivité.

Ève Lamont
Moi, les nouveaux médias n'ont rien changé dans ma vie. Que ce soit les nouveaux ou les anciens médias, ce ne sont que des outils pour arriver à transmettre un message, pour arriver à communiquer avec le monde. Caméra, micro, ordinateur, c'est sûr que lorsque la technologie est plus accessible, plus user-friendly, qu'elle coûte moins chère, qu'elle devient de plus en plus facile à utiliser, facile d'accès, c'est sûr que nous, les cinéastes indépendants, on peut dire que ça nous facilite la tâche, évidemment. Mais ce ne sont que des outils. Si tu n'as rien à dire, si ton message est vide, il ne sera pas plus intelligent parce que tu as un ordinateur plus performant.

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