retour à HorizonZéro HorizonZero 09 vertical line layout graphic english >  

version imprimable  >

articles : téléphones et microdocs
Voyez cet article en version Flash  nécessite Flash 6 >

téléphones et microdocs
Un microessai sur le micrométrage sans fil

par Markku Flink, traduit par Danielle Henripin

La notion de film « microdocumentaire » est large et encore en voie de définition. Dans ce bref texte, je tenterai de proposer des balises pour ce sous-genre spécifique, qu'on pourrait nommer « film microdocumentaire sans fil à petit budget » ou, plus succinctement, « microdoc ». Je commencerai par deux questions : Qu'est-ce que cette nouvelle forme d'art? Qu'est-ce qui la caractérise?

D'abord, un peu d'histoire. Ma propre expérience dans l'univers des microdocs a débuté dans le cadre de mes fonctions à titre de directeur général de POEM, le centre nordique du cinéma et des médias de Finlande. POEM intervient dans le développement de contenus cinématographiques destinés aux technologies de distribution émergentes, notamment dans le cadre d'un projet nommé Mobiart, qui explore l'élaboration de contenus visuels animés pour les appareils sans fil. Le développement de « micrométrages pour les appareils sans fil » fait partie du mandat de POEM.

Micrométrages
J'utilise le terme « micrométrage » [en anglais, micromovie] - conformément à la définition de micromovie mise de l'avant par le concours m.i.c.r.o.m.o.v.i.e.s, qui fait partie du festival de films de Tampere, en Finlande - pour désigner des films numériques très brefs (moins de trois minutes) conçus pour être diffusés sur des appareils sans fil. Le terme « microdocs » désigne donc les micrométrages explorant le territoire des récits documentaires qui ne sont pas des fictions.

En 2002, POEM a entrepris d'expérimenter avec les films brefs pour appareils sans fil. Nous avons demandé à certains cinéastes s'ils accepteraient de réaliser des micrométrages plutôt que des courts métrages destinés à la diffusion télévisuelle. Ils ont répondu de façon enthousiaste. Nous avons donc invité deux groupes de ces artistes à réaliser une brève série de récits épisodiques de trois minutes, destinés à une diffusion sur les assistants numériques personnels [ANP ou PDA en anglais] et les téléphones cellulaires 3G.

Les contraintes typiques du micrométrage sont liées à la diffusion mobile, qui exige des délais de téléchargement brefs et de petites « bouchées » de contenu adaptées au contexte des communications sans fil. Par exemple, lorsque POEM a commencé à explorer les possibilités des différents moyens de distribution - télé numérique, Web, ANP et téléphonie sans fil - pour voir comment chaque média rendait le son et les images, nous avons constaté qu'en raison de la faible résolution, cette forme de récit ne se prêtait pas aux textures riches, aux mouvements de caméra ou aux petits détails qui transmettent habituellement de l'information ou contribuent à la narration. Nos cinéastes ont ainsi dû comprimer et simplifier leur manière de raconter, et exploiter davantage les gros plans ainsi que le rythme du récit et des images. Les documentaristes ont dû adapter leur manière de raconter des histoires à la forme du microdoc.

Tout compte fait, nous avons gagné le pari - nous avons constaté que les micrométrages peuvent véhiculer des émotions, même avec de si petites images! Comme la plupart des artistes le savent, quand il s'agit de nouveaux outils, tout est dans la façon de les utiliser. Un bon film est un bon film, indépendamment de la technique qui a permis de le créer. Mais il est vrai que le format du micrométrage comporte de nouveaux enjeux artistiques. Plus particulièrement : Comment les documentaristes s'adapteront-ils, à long terme, à cette nouvelle forme de diffusion? Les technologies sans fil donneront-elles lieu à de nouvelles formes d'expression?

Le marché des micros
Les micrométrages Internet qui circulent sur le Web sont devenus un phénomène très populaire : les internautes se les envoient en annexe de courriels ou les diffusent sur leur site Web personnel. Il s'agit également d'un format idéal pour la messagerie de groupe. C'est d'ailleurs ce qui peut expliquer la grande popularité du micrométrage dans des pays tels que le Japon et la Corée, où la messagerie de groupe destinée aux communautés est très en demande.

Bon nombre de micrométrages conçus pour Internet et les appareils mobiles semblent se bonifier à l'usage : il faut les voir deux fois pour bien les apprécier. Ils se prêtent bien à une structure épisodique : ils sont brefs, comme une pause-cigarette, mais conçus pour les consommateurs invétérés. La plupart de ces micrométrages sont des publicités humoristiques, des extraits de films ou d'émissions de télé, ou des blagues un peu salaces. Mais certains d'entre eux pourraient aisément être considérés comme des documentaires.

Les microdocs sont-ils voués au même succès dans un avenir prévisible? Qui sera désireux de recevoir de brefs clips documentaires sur son médiaphone? Quel pourrait être le rôle ou le créneau des microdocs dans le paysage cinématographique?

En cherchant des éléments de réponse à ces questions, il nous faudra peut-être élargir notre définition des microdocs de manière à ce qu'elle englobe aussi les actualités, les affaires publiques et d'autres formes de reportage. Pourquoi pas? Durant la guerre d'Iraq, nous avons eu droit à des reportages qui livraient leurs témoignages par téléphonie mobile, entre deux chars d'assaut. Selon des sondages récents, les gens d'affaires américains seraient prêts à payer pour qu'on leur « livre », sur leur téléphone sans fil, du contenu d'actualité (affaires, arts et spectacles, grandes lignes de l'actualité). Des études révèlent qu'en Europe, les services de contenu et de divertissement sans fil sont en voie de devenir une industrie de plusieurs milliards de dollars. Alors oui, il se pourrait bien qu'on soit en train d'assister au développement d'un créneau pour les microdocs dans le domaine de la diffusion d'informations.

Mais si les microdocs ont un tel potentiel artistique, pourquoi y a-t-il si peu de cinéastes, à l'heure actuelle, qui créent des récits microdocumentaires destinés à la distribution sans fil? Il est vrai que les microdocs sans fil de facture professionnelle n'ont pas encore réalisé leur percée. Parmi les facteurs pouvant expliquer ce retard, citons le manque de technologies facilement accessibles et pouvant permettre aux producteurs de vendre leurs contenus (sans argent, pas de professionnalisme). On dirait pourtant que les gardiens actuels (les exploitants des chaînes de télé et les diffuseurs) vont bientôt perdre leur monopole. Mais qui va les remplacer? Qui payerons-nous pour le privilège d'envoyer des images par voie de micro-ondes? Avec qui devrons-nous négocier pour nous assurer d'obtenir notre part du gâteau?

Si nous pouvons commencer à répondre à ces questions tout en soutenant le développement de la forme du microdoc, ce dernier pourrait atteindre le public le plus vaste de la planète. Après tout, un milliard de personnes utilisent actuellement un téléphone sans fil.

Markku Flink est directeur général de POEM, le centre nordique du cinéma et des médias de Finlande, coordonnateur du programme de formation SOURCES destiné aux créateurs européens en scénarisation, et directeur de Nordisk Panorama, festival de courts métrages et de films documentaires du nord de la Scandinavie.

Liens :
POEM
www.poem.fi

Festival de films de Tampere
http://www.tamperefilmfestival.fi/2003/micromovies/Index.html

Festival Nordisk Panorama
http://www.nordiskpanorama.org/sven/staff.htm

haut haut  

 

Valid XHTML 1.0!
Valid CSS!