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Îktomnî et le Pow-Wow des souris : une histoire
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Îktomnî et le Pow-Wow des souris
Une histoire nakoda racontée par Mme Dorothy Rider, de Morley, en Alberta
Traduction anglaise et illustrations de Duane J. Mark, traduction française par Ève Renaud

Îktomnî le filou
Selon le système de croyances de la nation assiniboine-nakoda, le personnage d'Îktomnî est un filou. Roublard, Îktomnî, qu'on appelle aussi l'araignée ou l'inconnu, est tout à la fois vagabond surnaturel, « métamorphoseur », arbitre, instigateur, héros culturel et manifestation directe du mystère sacré du Créateur. Le cycle des narrations assiniboines-nakodas contient plusieurs récits à son sujet. Celui d'Îktomnî et le pow-wow des souris nous est transmis ici par Duane J. Mark, artiste, musicien et collectionneur de récits. M. Mark vit à Morley, en Alberta, et est coordonnateur linguistique et culturel à la Morley Community School. Sa version du récit lui vient d'une de ses grands-mères, Mme Dorothy Rider, conteuse accomplie descendant en droite ligne des Nakodas du sud de la Saskatchewan. M. Mark a consigné le récit pour la première fois en 1987, puis l'a illustré à la plume en 1988-1989. Musicien passionné par les formes tant traditionnelles que contemporaines, il a été ravi et amusé par la vision des souris chantant d'une voix aiguë et claire, depuis leur cachette dans un vieux crâne de bison. Il a donc eu l'idée de faire connaître le récit, d'abord par des illustrations fantaisistes, puis par la voie numérique, une manifestation nouvelle qu'il considère comme un autre moyen utile de renseigner des gens de tous horizons sur son peuple et sa langue, de favoriser la compréhension et de susciter l'intérêt envers la culture assiniboine-nakoda afin qu'elle conserve sa force.

Îktomnî, pithpithan wagichibi cha woparhte zehâ / Îktomnî et le pow-wow des souris
1.
Wîjan âba wazi en, Îktomnî châgunâ cha opa ya ûstach. Mâni ye ze echen woparhtahiya hâch.

Par un beau jour ensoleillé, Îktomnî le filou marchait le long du bois et se trouva tout à coup devant un étroit sentier qu'il décida de suivre. Il avançait, ravi par les paysages et les sons de la forêt.

2.
Tehân manîsîrh, châ ohâ daguchagas nârhûhâch. Hechechîhâ îto înâzîhûnâ woparhtagahâch. Dohâ bathûpta hâch ne daguchagas nârhûke.

Il n'était pas rendu très loin qu'il entendit des sons. Des sons plutôt faibles. Des sons étranges, mais pourtant familiers, qui semblaient venir de quelque part dans la forêt. Il s'arrêta et regarda autour de lui. Car Îktomnî était curieux. Un filou curieux qui voulait savoir ce qui produisait ces sons étranges.

3.
Hechechîhâ ne daguchagas nârhûke oné hâch. Châgunâ ke opa, îhîchî rheyada châ ohâ, woné ya ûstach. Woné hiya chen, ne daguchagas nârhûke daguchazé choyahâch.

Le petit sentier qu'il suivait semblait d'ailleurs le mener vers les sons. Il poursuivit son chemin, s'arrêtant de temps à autre pour regarder derrière les arbres et les buissons. Les sons qu'il suivait devenaient de plus en plus clairs. Tant et si bien qu'il sut enfin de quoi il s'agissait.

4.
Îpanûwâbi chahâch nârhûze. Îpanûwâbi chaniye chîhâ horhniye îchiya oné hâch. Châgu opéke tehâsîrh tatâga pahuhu seja cha châgu îjarhtarh îgahâch.

Zehâ, Îktomnî tatâga pahuhu seja ke îjarhtarh hiya hâduk îpanûwâbi ke warhmân îgabihâch.

Îto înâzîhûna anârhoptâ hâga hâch. Daguchako nârhûsîchiha, îhom mânî yahâch. Hecheyaduk akés îpanûwâbi ke nârhûhâch.

C'étaient les chants et les tambours d'un pow-wow. Or, Îktomnî aimait les sons des chants et des tambours. Ainsi, il se hâta pour trouver la source de cette bonne musique. Il vit que, plus loin, le sentier dessinait une courbe. Et en bordure, parmi les buissons, il aperçut un vieux crâne de bison de grande taille.

Les chants se faisaient plus clairs à mesure qu'il approchait le virage, là où se trouvait le crâne. Mais alors qu'il abordait le virage, chants et tambours s'arrêtèrent. Îktomnî s'arrêta lui aussi, perplexe. « Hum! Il n'y a rien, ici », se dit-il. Il n'en poursuivit pas moins ses recherches. Et bientôt, il entendit de nouveau les chants et les tambours.

5.
Hecheyechîhâ tatâga pahuhu seja ke anâgithnada hûnâ kiyânichihâ anarhoptâhâch, îpanûwâbi niye cha nârhûwan.

Du coup, il fut encore plus perplexe. Il revint sur ses pas jusqu'au virage puis se fraya un chemin à travers les buissons, déterminé qu'il était à trouver d'où venaient les chants!

Près du virage, il sortit lentement des buissons. Il lui sembla que les chants et les tambours émanaient du vieux crâne de bison. Il s'en approcha et écouta. Aucun doute : c'est du crâne que provenaient les chants et la musique d'un bon pow-wow.

6.
Hechen pahuhu seja nâzudé orhnorha ze ohnâ akidahâduk, wanâs pithpiththan îpanûwâ îgabichahâch. Wagichibi îhnuthé ko ogitûbihûna pithpithan wagichibi hâch.

Rampant précautionneusement, Îktomnî s'approcha et regarda dans le crâne. Surpris et amusé, il remarqua un bon nombre de souris rassemblées dans ce gros crâne de bison : elles chantaient, tambourinaient et dansaient, réunies qu'elles étaient pour un pow-wow de souris...

7.
Dohâ dââwîchanahâch Îktomnî ne pithpithan wagichibine. Îto îthtoya îgahûna aûchakin îgagahâch. Îktomnî tâgan woparhte îgeze thnohiyabisîhâch pithpithanâ ke.

Le spectacle lui plaisant, Îktomnî décida de tranquillement observer les fêtardes, à leur insu. Il s'allongea à côté du crâne et regarda, amusé, les petites souris exécuter les danses et les chants rituels.

8.
Pithpithân wagichibine aûchakidagahûnâ zehâ owîcha kiyaya hâch. "Oh, mîthûgan pahâ sta îgemâkiyabinâwo dââchinabinâno wayagichibine ", ewîchagiyahâch.

Îktomnî s'amusait ferme et ne put finalement résister à la tentation de demander à participer aux festivités. S'inclinant vers l'avant, il interpella les souris : « Mes soeurs...  » Saisies, les souris cessèrent de danser et de chanter et le regardèrent. Îktomnî poursuivit : « Je vous regarde depuis un moment chanter et danser et j'aimerais bien me joindre à la fête. »

9.
"Eh-eh, onîgipisîheno îgiyebije oîgogipibicha, tin îhiyubichano", ejabihâch. "Hiyawo, îchîktarh tinhîmusîjenâno pahâ sta tin ige mâki yabinawo. Dââchinabinano îyapanûwâbi ne wayagichibinâchawîch achikidabinâthchiyach", ewîchagiyahâch.

« Hé! Tu n'auras pas de place ici. Nous sommes assez petites pour entrer et c'est pourquoi nous sommes ici et c'est pourquoi toi, tu es là », répondirent les souris. Îktomnî reprit : « Non, non, au moins laissez-moi passer la tête pour regarder. Vous célébrez quelque chose, non? » Les souris discutèrent un bon moment de la demande et convinrent finalement de laisser Îktomnî regarder leur pow-wow, même si elles ne souhaitaient pas qu'il soit avec elles.

10.
Îhom nâzude orhnora ze pa ogipisîhâka piyes dokahâgas ogipiîchichiyahâch. Pa tin iyagichiya hûnâ zehâ awîchakin îgaganâhâch.

Ravi, Îktomnî passa la tête par la base du crâne. Il s'étira, se mit à l'aise et fut bientôt prêt à observer les souris et à profiter de leur gaieté.

11.
Óm wagichinâth chiyâ hâka dokâhâsîwan. Hâhebi îzîhâ wagichibi hâch pithpithana ke hecheyaduk woparhteîgachen îstîma iya ûsten.

Il aurait bien voulu danser, mais ne le pouvait pas. La célébration se poursuivit dans la nuit, si bien qu'Îktomnî sentit la fatigue le gagner. Il essaya de rester éveillé, mais le sommeil eut raison de lui et il s'endormit tandis que la célébration égayait la nuit.

12.
Hakenâ chîhâ, Îktomnî îstîmâîge ze echen skâîhna orâhâch. Ne pithpithan wagichibi ke tâ îbisî hâch. Tin îktûgiyabi keîs kpathnîbihâch. Gothâm Îktomnî pa yasnasnabi hûna tâîbisî ûstach. Ogapahahâch.

Le jour suivant, Îktomnî se réveilla brusquement. Regardant tout autour, il s'aperçut que les souris étaient parties. Il ne restait rien d'autre que des cendres fumantes au centre du crâne, là où avait brûlé un feu. Îktomnî découvrit en outre que pendant son sommeil, les souris avaient grignoté tous ses cheveux, à l'exception de quelques mèches éparses. La découverte ne l'amusa pas du tout; il s'en trouva au contraire fort agacé.

13.
Zehâ pahuhu seja ne pa tin gasé îchiye wan. Pa gasé îchiyene nâîchispaktaskâhâch, pa huhu sejane kta kohûnâ mânîyeze echen obatâtâ, châ ohâ, châ îyâmîga hiyahâch dokuko hûyagesî wan.

Reprenant ses esprits, il tenta de se sortir la tête du vieux crâne. Mais il constata que la chose n'était pas aussi aisée qu'il l'avait cru. Sa tête était coincée dans le crâne de bison! Un vieux crâne d'ailleurs anormalement gros et lourd...

Au prix d'un certain effort, il s'assit, puis se leva. Il se pencha et appuya solidement un pied sur une des cornes du crâne, poussa et tira. De plus en plus agacé, il sautilla parmi les buissons et les fourrés épineux, se cognant aux arbres.

14.
Heche chîhâ îto înâzîhûnâ wokchâhâhâch. Pahuhu seja cha pa gasé îchiyené dokâharh nâîchispachiyen oné hâch.

Fatigué et dans tous ses états, il s'arrêta finalement et réfléchit à ce pénible problème. Il reconnut que ses efforts ne l'avaient avancé à rien. Sa tête était toujours prise dans le crâne du bison et plus vite il en sortirait mieux cela vaudrait! Il décida de chercher quelque chose, quoi que ce soit, ou quelqu'un, qui que ce soit, pour le sortir de cette situation très fâcheuse.

15.
Châ ohâ mânî ye ze echen gasé îchiya hiya ûstach. Châîyâmîgahâs, "Thûk, dagucha henichanâhûwo?" ewichagiyagahâch.

Hechen mânî ya chen chârhâziya oda uya chaen rhijâhâhunâ châ oha iya hâch.

Mais il n'avait aucun moyen de savoir où il allait. Avançant à l'aveuglette, il arriva à ce qu'il crut être le sentier. Il se cognait aux arbres et s'empêtrait dans les fourrés. Quand il heurtait un arbre ou tombait dans les buissons, il leur demandait qui ils étaient et s'orientait tant bien que mal grâce à leurs réponses.

Il aboutit entre des cornouillers. « Mon frère, qui es-tu? » Et le cornouiller de répondre : « Je suis un cornouiller soyeux. » Îktomnî réfléchit un moment et reprit : « Aha! mon frère, tu pousses à proximité de l'eau. Je vais donc chercher cette eau. »

16.
"Thuk, dagucha henîchanâhûwo?" eijiyahâch. "Chârhâziya, hemachano eyahâch. "Oh-hâ chârhaziya, wapta mînî kîyan uniyagethajik, wapta mîni ze owanektach" ejiyahâch. Wapta baha thâ hâ hâ cha ehâ ihâch. Piyaîhâktahâduk ektasîhâhûnâ baha kechu ohmîhmâhâch.

Îktomnî avança en tâtonnant, se disant que l'eau l'aiderait à glisser sa tête hors du crâne de bison. Il arriva sur un promontoire, sans comprendre où il se trouvait. Il ne pouvait qu'entendre un filet d'eau couler. Il avança encore. Et soudain, il trébucha sur une racine et plongea tête première. Quelle chute!

17.
Baha hnîheya cha ohnâ ohmîhmâ hâch.

Le lourd crâne de bison tournoyait, entraînant Îktomnî dans tous les sens et le faisant rouler sans arrêt.

18.
Ohmîhmâ gen nâk wapta hechi hnîrhpahâch, ne pa huhuseja ke dânârh oga pâ pâ hûnâ mînî chânân îrhpahâch.

Pas moyen de savoir ce qui lui arrivait! Il dégringola tout au bas du promontoire et finit par s'écraser parmi les rochers, dans le ruisseau.

19.
Mînî châ nân îge ze echen, woparhtarhtagahâch, "We-es, wîjakerh sthûk mâgirhâbich" eyaûstach. Hechuhâ pahuhu seja cha, pa oyatagé ke hnaspanâ ûsten.

Le choc de la chute fit éclater le crâne de bison en miettes. « On s'est payé ma tête », murmura Îktomnî à lui-même. Il sortit de l'eau et entreprit de débarrasser sa tête chauve des éclats du crâne de bison qui s'y étaient enfoncés. Puis il se nettoya avec soin.

20.
Zedâhâ îchihna da daga hûnâ dokâpagiya mânî yanâ ûstach.

Quand il eut fini, enfin, il reprit la route et alla dans une autre direction.

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