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réflexion : quintessence
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Les Autochtones et les nouveaux médias à Banff
plus qu'un échange de bons procédés
par Sara Diamond, traduit par Danielle Henripin

Depuis l'avènement des nouveaux médias et d'Internet, les nombreux acteurs de la culture autochtone - les artistes eux-mêmes, les intervenants en production et en diffusion de même que les militants - ont su exploiter le potentiel de ces outils de création et de communication. Des projets tels que Speaking the Language of Spiders, [www.snacc.mb.ca/projects/spiderlanguage], Inherent Rights, Vision Rights, [ce lien n'est plus actif http://mitpress2.mit.edu/e-journals/Leonardo/gallery/gallery291/yuxweluptun.html] UsMob et CyberPowWow [www.cyberpowwow.net/] sont autant d'exemples d'oeuvres médiatiques puissantes qui ont été créées depuis le début des années 90 jusqu'à aujourd'hui. Toutes ces pièces font un usage convaincant de l'espace, de motifs narratifs discursifs et relationnels, et véhiculent une conscience poussée de l'identité et de l'appartenance communautaires.

Il semblerait que les praticiens des cultures autochtones se soient découvert des affinités riches et profondes avec le vaste domaine des nouveaux médias; ils y ont découvert des structures, des systèmes et des codes, qu'ils ont adaptés à leur pratique artistique, et ont participé aux débats essentiels sur les enjeux en la matière. Par exemple, les artistes autochtones de différentes nations ont en commun des formes narratives segmentées, sensibles et adaptatives, qui comportent des renvois hypertextuels à l'histoire de leur peuple. D'autres artistes et théoriciens revendiquent l'importance du jeu, à la fois en tant qu'exercice ludique et expérimentation. De telles activités constituent des moyens d'enseigner et d'apprendre et de régler des différends. De plus, les oeuvres médiatiques et les jeux informatiques autochtones permettent la diffusion d'idées traitant de l'accès au savoir, de la relation maître-apprenti, et du passage progressif à des niveaux de complexité croissante. Enfin, ces cultures accordent une grande importance aux archives, y compris à l'histoire vivante des aînés. Tous ces sujets font ressortir la compréhension du droit qu'ont les cultures de choisir ce qu'elles partagent et ce qu'elles protègent, mais aussi la nécessité des protocoles - qui constituent un contrepoids important à la culture de l'appropriation, mais aussi une variante intéressante des logiciels dits « libres » ou ouverts. Établir la confiance, cela demande un investissement de temps. Ces valeurs - et les discussions connexes - créent des précédents intéressants dans l'univers des nouveaux médias en général, lui qui habituellement carbure à la facilité et à la vitesse.

Très récemment, les artistes nouveaux médias autochtones ont commencé à discuter de la possibilité de créer des outils à partir des fondements mêmes de leur culture - des outils axés sur les valeurs, les structures et le rythme des langues autochtones. Les artistes, les diffuseurs et les producteurs autochtones ont formulé l'hypothèse que les similitudes entre les médias interactifs et leurs propres cultures seraient amplifiées si le code informatique - en plus des interfaces et des outils de conception - pouvait s'inspirer des structures des langues autochtones traditionnelles. Cette préoccupation met en lumière le rôle que jouent les différences entre les langues dans la construction d'une vision du monde. La tension et les débats entourant la valeur respective des outils « génériques » et des outils axés sur une culture spécifique comportent des enjeux complexes, qui s'étendent au-delà des cultures autochtones.

L'association entre le Banff Centre et la Aboriginal Film and Video Alliance remonte à 1993. Elle a notamment permis la création de collaborations très fructueuses, au sein même du Banff Centre, entre son New Media Institute et les programmes Media and Visual Arts et Aboriginal Arts. L'une des premières initiatives conjointes a été le mémoire Native Net, un document stratégique qui allait faciliter l'accès à Internet pour les communautés autochtones des réserves. Une autre réalisation de ces premières années a été l'événement Drum Beats to Drum Bytes en 1994, qui a rendu possible un clavardage entre des artistes autochtones, telles que Buffy Saint-Marie, Marjorie Beaucage, Ahasiw Meskagon-Iskwew et Loretta Todd, et des théoriciens et des artistes de l'ICA (Institute of Contamporary Arts) de Londres. Les participants ont pu discuter en direct de sujets tels que les questions relatives à l'identité et à celles traitant de l'existence - ou de l'inexistence -, de la race dans le cyberespace, et la représentation des cultures autochtones sur Internet. Drum Bytes Two, en 2002, a passé en revue les progrès accomplis en matière de pratiques de création, d'éducation, d'expression créatrice, et d'accès à Internet, et ce, aux quatre coins de l'Amérique du Nord. Entre-temps, les Aboriginal New Media Workshops se sont consacrés à former les artisans autochtones en nouveaux médias et à mettre sur pied des stations de radio Internet. Les pratiques et les enjeux spécifiques aux Autochtones ont également été au coeur d'un grand nombre d'autres manifestations - sommets, coproductions, présentations et projets de recherche - le tout chapeautés par le Banff New Media Institute, par son programme Media and Visual Arts et par la galerie Walter Phillips. Cet engagement a engendré une foule d'expériences enrichissantes, autant pour les participants que pour d'autres artistes, théoriciens, développeurs et promoteurs de technologies.

Le numéro RACONTER : narrations autochtones et médias numériques propose un tour d'horizon des diverses traditions narratives dans les cultures autochtones d'Amérique du Nord et d'ailleurs; il tente notamment de mettre en lumière les manières complexes dont les récits issus de cultures spécifiques peuvent évoluer à travers différents médias et ensuite revenir à leur communauté d'origine, pour finalement rejoindre un public beaucoup plus vaste.

Je remercie tous les artistes autochtones des nouveaux médias, avec lesquels il y a eu de nombreux échanges de bons procédés au fil des ans, pour les véritables cadeaux qu'ils nous ont légués en partageant leurs visions avec nous.

Sara Diamond est la rédactrice en chef d'HorizonZéro.

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