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Les quatre points cardinaux : projets
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Les quatre points cardinaux
En hommage à des médiaconteurs autochtones de l'Est, de l'Ouest, du Nord et du Sud
par Cheryl L'Hirondelle et Angus Leech, traduit par Yves Lanthier

Le concept « d'autochtonéité mondiale » tient son origine de l'idée suivante : quelle que soit la partie du monde que nous habitons, nous sommes tous natifs de cette planète et en rapport les uns avec les autres, d'abord par l'entremise des éléments, mais aussi, et de plus en plus, par l'infrastructure technologique mondialisante d'Internet, et ce, selon une série dynamique de relations physiques, émotionnelles, intellectuelles et spirituelles. Ce numéro d'HorizonZéro commence par une vision crie (nêhiyawin) du monde et englobera toutes les communautés autochtones de partout au Canada et au monde.

D'après ce que j'en comprends aujourd'hui, le terme nêhiyaw (en langue crie) réfère au « corps quadruple », un terme qui suppose une connexion essentielle entre nous et « tous nos semblables », tous les autres peuples de la Terre répartis aux quatre points cardinaux : l'est, l'ouest, le nord et le sud. Tenant compte de cette relation, RACONTER donne voix à tous nos semblables et couvre toutes les cultures en mettant en scène le travail de quatre conteurs issus des quatre coins du monde. Chaque conteur s'exprime de son point cardinal - d'Afrique, d'Asie, du Royaume-Uni, d'Aotearoa (Nouvelle-Zélande) - et, comme pourrait le dire Trinh T. Minh-ha, raconte « en même temps un fragment et un tout, un tout dans un tout ». ~Cheryl L'Hirondelle

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Au Sud : Aotearoa (ou la Nouvelle-Zélande)
NGÃTAHI (connaître les liens)
Un DVD de Dean Hapeta
Au Sud, le « rapumentariste » maori Dean Hapeta, alias Te Kupu [http://tekupu.com/], décrit, dans son oeuvre NGÃTAHI (Know the Links), une toile conjonctive tissée entre des communautés marginalisées de partout sur la planète, d'Aotearoa à la Colombie et d'Ottawa à Paris, qui rapportent leurs efforts d'autodétermination au moyen de l'outil de narration le plus puissant du mouvement : la musique. Principalement centré sur le pouvoir de contagion du hip-hop autochtone, mais élargi de manière à englober toutes les formes de poésie et d'expression populaires, ce voyage fragmentaire dans les banlieues et les faubourgs est à la fois une ballade romantique révolutionnaire et une polémique incendiaire, dont les thèmes oscillent entre les inflexions « pacifistes » et les slogans du type « la liberté d'abord, la paix ensuite ». Présenté comme un flux ininterrompu de mots, d'images et de prestations « en direct », le film n'offre pas de narration surmixée, sinon le commentaire frénétique de Te Kupu, lui-même, expliquant son intention de représenter un « collage de voix » ayant pour seul but de « tous nous relier les uns aux autres ». Ngãtahi est un mot maori qui signifie « être ensemble » ou « être unique », et il est clair ici que le récit concerne l'unification des autochtones et des peuples marginalisés en une solidarité mondiale par l'entremise de leurs similitudes sociopolitiques. Ou, comme l'a dit un conférencier au Festival international de poésie de Medellin, en Colombie, il est question de contribuer à « mondialiser la lutte de l'imagination en quête de liberté humaine ». De puissants idéaux sont chantés avec éloquence par le groupe reggae et hip-hop de Te Kupu, Upper Hutt Posse, dans l'extrait du vidéo intitulé Te Hono Whakakoro, où le rap s'intercale entre le haka (danse guerrière) maori et les revendications politiques territoriales. ~AL

Pour voir le clip NGÃTAHI (Know the Links), consultez la version Flash d'HorizonZéro.

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Au Nord : le Royaume-Uni
Le palais de rêve (The Dream Palace)
Un récit interactif de Ben Haggarty et 20/20 Strategy & Design
Selon Ben Haggarty [http://www.britishcouncil.org /argentina /argentina-arts /argentina-arts-literature_and_film /argentina-arts-words_on_words /argentina-arts-wow_haggarty.htm], raconter, c'est « essayer, durant l'instant dynamique de la prestation, d'engager directement toutes les puissantes énergies qui s'échangent entre l'auditoire, le récit et le conteur, de sorte qu'il puisse se produire un happening, quelque chose d'immédiat, de magique, de mémorable ». Depuis 1981, la voix de Ben Haggarty s'est surtout fait entendre pour la renaissance du récit professionnel en Grande-Bretagne : il fut cofondateur du groupe de tournées The Company of Storytellers et directeur du premier festival des conteurs de Grande-Bretagne en 1985, et a collaboré avec des artistes internationaux comme le cinéaste Jim Henson et les musiciens Yo-Yo Ma et Sianed Jones. Particulièrement décidé à « faire connaître les divinités errant incognito dans les coulisses européennes du conte merveilleux », Haggarty est surtout connu pour ses épopées, comme Gilgamesh et Midir and Eadaoin. Plus récemment, son adaptation pour la scène du classique de Mary Shelley intitulée Frankenstein's Dialogues [ce lien n'est plus actif www.godsandmonsterstour.co.uk/haggarty] a transposé les explorations shelleyennes de la conscience artificielle créée par l'humain sur le génie génétique contemporain. Par son travail, Haggarty nourrit ses convictions passionnées, selon lesquelles « toutes les questions contemporaines ont toujours été des questions contemporaines, et les voix collectives de nos ancêtres affirment que les transformations existentielles vers le meilleur, même conditionnelles, sont de réelles possibilités ». Cette passion transparaît clairement dans le récit ramifié de Haggarty The Dream Palace, un exercice sur les récits en ligne produit par UK's 20/20 Strategy Design [www.20.20.co.uk]. Même si le virage multimédia a obligé Haggarty à remplacer ses habituelles improvisations sur scène par des élocutions bien rodées d'acteurs professionnels, The Dream Palace parvient à réorienter le flux énergétique qui circule entre l'auditoire, le récit et le conteur vers une nouvelle puissance médiatique, sans empêcher la magie de se produire. ~AL

Pour faire l'expérience du récit interactif The Dream Palace, consultez la version Flash d'HorizonZéro.

À l'Est : le Sénégal
Passport to Paradise (Passeport pour le paradis)
Exposition d'arts visuels au Fowler Museum of Cultural History, UCLA
En cette époque de politique mondiale où les visions positives de l'islam traversent beaucoup trop rarement les remparts culturels de la conscience occidentale, le Sénégal se pose comme le point d'émanation d'une importante vague de célébrations artistiques et lyriques prenant ses assises dans le mysticisme musulman soufi régional. Le soufisme sénégalais est unique tant par sa pensée que par sa pratique, mais il n'en reconnaît pas moins ses origines dans le monde arabe. En réalité, il se compose de nombreuses communautés plutôt distinctes, qui ont toutes un rôle à jouer dans la tendance à la proximité de l'écoumène mondial. Nous avons connu l'influence des griots, ces musiciens conteurs traditionnels dont le rôle consacré, comme l'explique l'artiste griot Aliou Cissokho [www.kongoi.com/modules.php?op=modload&name=News&file=article&sid=11], fut celui de gardiens de la paix de ceux qui « disent ce qui se passe vraiment et rendent les gens heureux grâce à la musique », et ce, chaque fois qu'il y a des problèmes à résoudre dans la communauté. Youssou N'Dour [www.youssou.com], le plus connu, peut-être, des musiciens africains, appartient aussi à cette tradition, et son dernier album, Egypt (2004), peut être interprété comme une tentative typiquement griotte de soulager les tensions planétaires par la chanson. Comme l'explique Youssou dans ses notes d'accompagnement, ce qu'il désire le plus, c'est que son album fasse « l'éloge de la tolérance de ma religion, qui, ces derniers temps, fut à la fois mal comprise et mal interprétée par un grand nombre d'observateurs et même d'adeptes ». L'album Egypt est un hommage inspiré à l'éthos du mouvement soufi sénégalais « Mouride », qui prend ses racines dans l'enseignement du cheikh Amadu Bamba (1853-1927) concernant la tolérance. En plus de transmettre un profond sens mystique à ses adeptes, la religion mouride leur a inspiré une pénétrante éthique de travail, a donné naissance à un mouvement de jeunes écologistes appelé Set/Setal (« propreté et propriété »), qui oeuvre pour la détoxication et l'embellissement des espaces urbains, pour les rapports sexuels sans risques et pour d'autres initiatives, notamment pour une culture visuelle incroyablement vibrante utilisant tous les moyens possibles pour représenter les valeurs islamiques : murales, graffitis, peinture sur verre et sur toile, lithographies et sculptures. Passport to Paradise: Sufi Arts of Senegal and Beyond est une exposition itinérante, un site web [www.fowler.ucla.edu/paradise/main001.htm] et un programme éducatif mis sur pied par le Fowler Museum of Cultural History, à l'UCLA. Ce programme documente les expressions graphiques du mouvement mouride de façon étonnamment détaillée et aide à décrire ce mode narratif imagé en relation étroite avec le « point d'émanation » sénégalais mentionné plus haut. Nous montrons ici une murale représentant le cheikh Amadu Bamba et la Ka'ba à la Mecque, par l'un des graffiteurs les plus prolifiques du Sénégal, Papisto Boy. ~AL

Voyez l'exposition web Passport to Paradise à
www.fowler.ucla.edu/passporttoparadise.htm

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À l'Ouest : le Vietnam
Grandma's Story
Essai de Trinh T. Minh-ha
Compositrice de formation, Trinh T. Minh-ha est devenue cinéaste expérimentale féministe, documentariste et experte en théorie cinématographique postcoloniale du tiers-monde. Ses films ont présenté des thèmes comme l'art et la politique en Chine (Shoot for the Contents, 1991), des récits d'identité et de lutte des Vietnamiennes (Surname Viet, Given Name Nam, 1989) et des rituels sociaux japonais (The Fourth Dimension, 2001). Trinh T. Minh-ha a aussi appliqué ses talents de conteuse au domaine de l'installation multimédia (Nothing But Ways, en collaboration avec Lynne Kirby, 1999), et est largement respectée comme auteure : nous reproduisons un extrait de Grandma's Story, un essai publié pour la première fois en 1989 dans le livre Woman, Native, Other: Writing Postcoloniality and Feminism (Indiana University Press). Moins un manifeste sur le récit qu'une exploration de sa nature multidimensionnelle, Grandma's Story se pose à de nombreux égards comme une résistance aux dichotomies conceptuellement violentes entre réalité et fiction ainsi qu'aux séries dramatiques « à suspense » qui dominent l'écran occidental aujourd'hui. Au coeur de cet essai se trouve la volonté de remédier à l'ignorance culturelle trop répandue des « autres moyens de raconter et d'écouter » qui font partie intégrante des modes narratifs autochtones : des récits comme les plus typiques de Trinh, souvent sinueux, voire tortueux, et comparables à la toile de l'araignée, tant par leur complexité que par leur intégralité. ~AL

Pour lire un extrait du récit Grandma's Story par Trinh T. Minh-ha, sélectionnez « Grandma's Story » dans le menu de la version textuelle du site d'HorizonZéro.

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