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Voir l’arctique
Michael Clark et Canaz nous permettre de voir des paysages extremes
par Brianne Wells,traduit par Michel Buttiens

Le cinéaste torontois Michael Clark s’est servi de caméras novatrices pour filmer la faune et les paysages nordiques depuis qu’il s’est joint à la scénariste-réalisatrice Patricia Sims en 1998. Au cours des quatre dernières années, leur société de production, la Canaz Corporation, a concentré ses efforts sur la réalisation de documentaires sur la nature et la conception de produits pour les nouveaux médias. Grâce à sa formation diversifiée en beaux-arts, en postproduction cinématographique, en design technologique, en animation et en publicité, Michael Clark est parvenu à mettre son talent en visualisation au service de sa passion pour la nature. Sa spécialité consiste à prendre des images d’une beauté saisissante dans des conditions extrêmement rudes. Les caméras qu’il a lui-même conçues lui ont permis de réaliser des percées tant dans le domaine de la production cinématographique que dans les collaborations qu’il établit avec des chercheurs de divers horizons.

Recueillant à la fois des données scientifiques et des images destinées à des documentaires, il a réussi à établir un lien entre l’art et la science d’une manière visuellement attirante. Ses caméras ont permis à des biologistes, des enseignants, et des amateurs de documentaires de découvrir des scènes autrement inaccessibles et lui ont donné la possibilité de transmettre une connaissance approfondie de la nature.

Espionner le canari de mer
Grâce à la Beluga Cam, une caméra vidéo sous-marine fonctionnant sur 360 degrés, mise au point par Michael Clark, les chercheurs de l’Académie des sciences de Russie peuvent étudier le comportement des bélugas (aussi appelés baleines blanches) dans leur milieu, ainsi que leur mode de communication, tout en enregistrant des images et des sons d’une beauté fascinante. Un ensemble de microphones directionnels sous-marins connu sous le nom de « réseau d’hydrophones » enregistre les vocalisations des bélugas et vient ainsi compléter l’information visuelle. En estimant la distance relative qui sépare une vocalisation et un microphone, les chercheurs sont en mesure de déterminer avec exactitude quel cétacé a émis le son en question.

Les vocalisations audio enregistrées par la Beluga Cam sont numérisées en temps réel sous forme d’ondes graphiques, à l’aide d’un ordinateur.

Grâce à l’affichage des formes d’onde sur le même écran que l’image vidéo, l’image et le son sont ensuite réunis, différentes couleurs étant associées aux formes d’onde de chacun des microphones. Ce mode de présentation est particulièrement utile pour les experts en la matière puisque cela leur permet d’étudier en détail, sur les plans tant visuel qu’auditif, les vocalisations de bélugas, et de les associer à leur langage corporel et à leurs interactions avec d’autres bélugas. La possibilité de réunir les informations visuelle et auditive rend possible l’observation du comportement social des bélugas lorsque se produisent certaines vocalisations, ce qui donne aux chercheurs une perspective nouvelle de la communication entre individus, une perspective qu’il leur était impossible d’avoir auparavant. Grâce à la technologie de visualisation sous-marine, les chercheurs russes en bioacoustique espèrent parvenir un jour à déchiffrer «l’alphabet» des bélugas.

La Beluga Cam est un exemple de ce que Michael Clark appelle une « technologie non perturbante » : elle est conçue pour fonctionner à distance, sans supervision directe. La caméra est posée sur le fond marin et raccordée au rivage par un câble de fibres optiques, lequel mesure entre mille cinq cents et six mille mètres de long. On peut donc s’en servir pour observer la nature à bonne distance sans la perturber.

Lors d’une conférence sur la visualisation artistique et scientifique qui s’est tenue récemment à l’Institut des nouveaux médias de Banff ( Quintessence, du 12 au 15 septembre 2002), Michael Clark a expliqué qu’il avait conçu la Beluga Cam « pour prendre de splendides photos [de bélugas] et pour visualiser leur univers, mais [que] ce qui en est ressorti, c’est un outil scientifique de grand intérêt ». La technologie n’est toutefois pas passée totalement inaperçue chez les bélugas, qui faisaient preuve d’un intérêt naturel pour la caméra et envoyaient un « éclaireur » l’inspecter chaque fois que la caméra était installée à un nouvel endroit. Fait intéressant, la Beluga Cam comprenait un écran : les cétacés pouvaient donc se voir eux-mêmes. Surnommés «canaris de mer» par les baleiniers en raison de leurs chants et de leurs bavardages incessants, les bélugas ont réagi aux images qui apparaissaient à l’écran par des vocalisations et des mouvements qui rappelaient fortement la réaction qu’a un oiseau lorsqu’il aperçoit son reflet dans un miroir. Cet intérêt apparent des bélugas pour la Beluga Cam a facilité l’enregistrement de leurs images sur vidéo.

Des pétroglyphes datant de six mille ans ont été découverts dernièrement le long des côtes de la mer Blanche en Russie et donnent à penser que l’interaction entre l’homme et le béluga remonte à des temps anciens. À la suite du voyage qu’ils ont effectué en 1999 pour voir ces inscriptions, Patricia Sims et Michael Clark ont eu l’idée de réaliser un documentaire panarctique sur les bélugas. Quand Michael Clark a entendu parler des expériences d’observation sous-marine qu’avaient déjà entreprises les spécialistes russes de la biologie marine, il lui est apparu évident qu’une collaboration s’imposait. Il est parvenu à améliorer une caméra sous-marine mise au point par Volodia Baranoz, de l’Académie des sciences de Russie, de sorte que l’Académie a accepté de procéder à un échange. Grâce à un partenariat mutuellement bénéfique, les chercheurs russes, dont les ressources sont limitées, ont pu recueillir de nouvelles données à l’aide de la Beluga Cam et les interpréter.

En échange, Canaz Corporation et son équipe de production finlandaise ont eu accès au principal site russe de recherche sur les cétacés, à l’île Solovetsky. Lieu où se rassemble la dernière population de bélugas à subsister en Europe et où mettent bas les bélugas femelles , cette île, qui a été longtemps utilisée à des fins militaires, a longtemps été interdite aux visiteurs, ce qui a pris fin au cours des années 90. Grâce à la collaboration avec l’Académie des sciences de Russie, Canaz Corporation a pu obtenir du gouvernement russe l’autorisation nécessaire pour filmer dans des régions de l’Arctique russe autrefois interdites.

Le tournage de la coproduction canado-finlandaise qui en a résulté, Beluga Speaking Across Time (Canaz/Matila et Rohr, 2001), s’est étendu sur deux étés arctiques. Écrit et réalisé par Patricia Sims, et récemment présenté à l’émission The Nature of Things, de la Canadian Broadcasting Corporation (CBC), ce documentaire explore l’univers sous-marin des bélugas de la mer Blanche ainsi que de l’Arctique canadien, où la chasse aux bélugas se poursuit. Ce film aborde l’évolution des relations entre les cétacés et les hommes au fil du temps, l’influence des cultures et des industries humaines sur les bélugas, et celle des bélugas sur l’homme.

Un partenariat panarctique en visualisation au-delà des distances et du temps
Au cours de l’expédition qui a rendu possible le documentaire, la Beluga Cam a dû résister aux eaux glaciales de la mer Blanche pendant des périodes allant jusqu’à trois semaines. De même, le système télécommandé des planetary cameras (PCS) de Michael Clark a dû faire face aux éléments lorsqu’il a servi à enregistrer des images pour Beluga Speaking Across Time. Il s’agit d’un système de caméras numériques haute résolution servant à filmer des paysages à l’aide de la remarquable technique de saisie d’images par intervalles (en fait, on prend une série de photographies numériques fixes et de haute résolution qui sont ensuite passées en accéléré). La qualité des images est très bonne, la résolution étant quatre fois supérieure à celle d’une télévision haute définition (HDTV). À l’instar de la Beluga Cam, le système PCS est alimenté par l’énergie solaire. Comme on peut le laisser sans surveillance pendant plusieurs jours, il peut servir à filmer des variations météorologiques et d’autres changements environnementaux qui se déploient sur de longues périodes, phénomènes dont on ne pourrait sinon suivre l’évolution.

Michael Clark a également mis au un point appareil photographique panoramique qui fonctionne sur 360 degrés et est monté sur un casque qui confère aux paysages des dimensions saisissantes (il est également pratique lorsqu’on souhaite éviter la présence des doigts du photographe sur les prises de vues). À l’heure actuelle, Clark travaille sur gaiaTime, une série « d’épisodes » de cinq minutes en fonction de laquelle son travail consiste à saisir, par intervalles, des images HDTV à l’aide du système PCS, qui permettra de capter l’évolution environnementale de chacune des provinces et chacun des territoires du Canada.

Grâce au système de caméras de Michael Clark, les chercheurs sont à même de recueillir à distance et de visualiser des données, et les cinéastes de filmer la nature avec un minimum d’influence sur le milieu qui les intéresse. Au moyen de cette technologie maison, Michael Clark révèle la Terre au-delà du temps et des distances et nous aide à nous en faire une idée d’ensemble.

Brianne Wells a travaillé dans le domaine du cinéma et de la télévision. Elle est actuellement recherchiste au sein de l’équipe de rédaction de HorizonZéro. Elle envisage de faire carrière en théorie des médias.

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