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réflexion : sub-rosa
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Sub-rosa
Révéler l’invisible
par Martha Ladly, traduit par Élisabeth Rochette

Bienvenue à Voir!

Dans ce sixième numéro, HorizonZéro se veut une édition spéciale sur les nouvelles pratiques de visualisation des données en science, en art et en design. Ce sujet brûlant d’actualité a fait l’objet de Quintessence, un symposium international qui s’est tenu au Centre de Banff en septembre 2002.

La visualisation des données en science, en art et en design est un raccourci qui sert à exécuter directement un processus mental qui se produit constamment. Nous recevons des données provenant d’une multitude de sources, et, lorsque nous les comprenons parfaitement, nous en « créons une image » dans notre esprit. Dans notre culture visuelle, les images sont plus importantes que les mots. On considère les images comme plus véridiques que les écrits, car ceux-ci exigent un effort d’interprétation. Bien sûr, l’information visuelle exige, elle aussi, un effort d’interprétation, mais elle nous apparaît comme plus transparente, plus facilement lisible. Voir, c’est croire. On affirme souvent que pour comprendre quelque chose, il faut le « voir ».

Ce qui est extraordinaire avec la visualisation mathématique des équations du mouvement et de la mécanique qu’a révélée Newton à l’humanité, c’est que celles-ci ont littéralement permis au genre humain, au XVIIe siècle, de « voir » la gravité. Luke Jerram, un jeune artiste des médias qui pratique à Bristol, au Royaume-Uni, est motivé par une intention tout aussi noble : rendre perceptible l’imperceptible et exhiber clairement la relation entre la Terre et la Lune. Comme le conservateur de l’exposition britannique de Luke Jerram l’explique dans la préface qui présente l’installation intitulée TIDE, « Plusieurs expériences sont difficiles à communiquer. La gravité est l’une d’entre elles. Notre relation à la gravité de la Terre semble simple, mais, en comparaison, il est beaucoup plus complexe de comprendre les effets de l’attraction de la Lune. » Dans son article sur les travaux de Jerram, le rédacteur adjoint anglophone d’ HorizonZéro, Angus Leech, traite avec éloquence des notions fugitives de la Lune, qui tire perceptiblement sur nos corps, tout comme elle joue un rôle dans le cas des marées; Angus Leech nous explique ainsi concrètement que « la gravité mène tout, y compris nous ».

Deux mille ans avant que nous puissions envoyer un engin spatial dans l’espace pour obtenir des images de notre planète, le Grec Eratosthène s’est servi des mathématiques pour calculer la sphéricité de la Terre, nous permettant ainsi de « voir » notre planète et de visualiser le fait qu’elle est ronde. Aujourd’hui, en utilisant la visualisation mathématique et les puissants télescopes, nous pouvons porter notre regard vers l’univers, le « voir ». Nous avons toutefois besoin de scientifiques comme l’astronome et artiste Jayanne English, qui crée des représentations couleur de l’espace, pour nous montrer ce qui s’y trouve, à l’aide de données originales en noir et blanc provenant du télescope Hubble. Elle est encore plus emballée par ses récents travaux, dans le cadre desquels elle a créé des panoramas couleur de l’univers « invisible » — un univers que révèlent les données des radiotélescopes du Canadian/International Galactic Plane Survey (C/IGPS). Selon Jayanne, « le C/IGPS nous permet de voir ce qui se trouve parmi les étoiles, dévoilant des aspects nouveaux et remarquables de notre Galaxie ». Pour accompagner son article Cosmos ou Toile, nous avons créé un module de reconstruction interactive qui illustre les étapes de son processus de visualisation; c’est par le biais d’images de la Croix du Nord de la Voie lactée qu’on découvrira ce processus.

De la visualisation de l’espace cosmique, on passe à celle de l’espace intérieur, c’est-à-dire à la visualisation du corps comme espace intérieur, ce qui intéresse Kimberly Sawchuk, professeure en communications à l’Université Concordia. Cet intérêt n’est pas, pour elle, surprenant, car elle avoue elle-même avoir passé trop de temps, lorsqu’elle était enfant, à s’imaginer sous la forme d’un microbe. Dans l’enregistrement audio qui accompagne cet éditorial (tiré d’un exposé sur le « biotourisme » qu’a présenté Kimberly au symposium Quintessence), Kimberly traite des « plaisirs et des faiblesses de notre enveloppe corporelle — en tant qu’espèce, en tant qu’individus, en tant que membres d’un environnement qui englobe d’autres formes de vie ». Elle ajoute que « nous vivons, à certains égards, entre les mondes. Pas seulement dans les mondes de la corporéalité tumultueuse et des procédés dynamiques, mais entre deux, trois et quatre dimensions ». Visualisez cela!

Kimberly Sawchuk a également écrit pour nous un article sur l’éminente artiste Catherine Richards, dont nous sommes fiers de présenter les travaux électroniques dans ce numéro de HorizonZéro. Comme l’explique Kimberly dans son compte rendu intitulé Coeur Élecrtisé, l’installation de Catherine « puise volontiers dans les recherches scientifiques et technologiques du passé ». « [Ses] œuvres ne font pas que rendre visibles des impulsions électroniques et des systèmes complexes (qui, soutient-elle, constituent la substance même de l’art électronique). Elles sont aussi des démonstrations qui rendent le visible sous forme d’expérience viscérale, incarnée… Les installations de Catherine Richards défendent une conscience qui résulte de l’expérience des sensations et des dangers potentiels liés au fait d’être branché partout, en tout temps, à d’invisibles circuits électriques et à des systèmes d’information. » La visualisation consiste principalement à révéler les structures cachées qui nous entourent. La visualisation de l’information ou l’« infovis » constitue un nouveau domaine d’enquête scientifique dont le fondement théorique provient de secteurs aussi diversifiés que ceux de l’infographie, de l’interaction entre l’humain et l’ordinateur, de la psychologie cognitive, de la sémiotique, de la conception graphique, de la cartographie et de l’art visuel. Et pour l’informaticienne Tamara Munzner, de l’Université de la Colombie-Britannique, qui tente de résoudre quotidiennement des questions sur la façon de représenter graphiquement d’immenses banques de données de façon significative, l’infovis se révèle un outil inestimable. Si vous ne me croyez pas, vous n’avez qu’à jeter un coup d’œil sur sa vidéo, la visualisation mathématique Outside In, que vous trouverez avec notre essai sur ses travaux, Penser par la vision. Vous pouvez également jouer avec KaleidoTile, un logiciel qu’elle a développé pour expliquer certains concepts géométriques — il est accessible par l’intermédiaire de la section « Jeux » de ce numéro.

La représentation qu’on obtient par visualisation nous invite à porter attention aux détails ou aux problèmes auxquels nous n’aurions jamais pensé autrement. Et le processus de visualisation même peut faire naître des questions que nous n’aurions pas posées sinon. Professeure en science de l’informatique à l’Université de Calgary, Sheelagh Carpendale réalise de nouveaux travaux avec la visualisation, qu’elle appelle la « présentation élastique ». Sa recherche la pousse à concevoir des stratégies pour combiner différentes formes de visualisations de l’information de telle sorte que celles-ci conviennent adéquatement à l’information avec laquelle d’autres travaillent et aux tâches qu’ils doivent accomplir.

La visualisation peut également nous permettre de voir des choses qui sont inaccessibles ou qui sont cachées. Comme l’explique le scientifique Marc Rioux, agent principal de recherche au sein du groupe de technologie de l’information visuelle, rattaché au Conseil national de recherches Canada, dans son article Virtualisation et visualisation, « grâce à la visualisation 3D d’objets et d’environnements, la montagne peut désormais venir à Mahomet. Des visites virtuelles de sites historiques fermés, aux échanges, entre savants, d’objets numérisés (fossiles fragiles, tables d’écriture cunéiforme…), en passant par la numérisation spatiale, la numérisation 3D offre de nouvelles possibilités à l’étude scientifique, culturelle et artistique. » Finalement, la visualisation peut nous rapprocher du monde naturel : le documentariste torontois Michael Clark utilise des systèmes d’appareils photo novateurs pour photographier la vie sauvage et les paysages extrêmes tout en réunissant des données scientifiques. Dans un article qui présente son travail, la recherchiste de HorizonZéro, Brianne Wells, explique que, « Recueillant à la fois des données scientifiques et des images destinées à des documentaires, il a réussi à établir un lien entre l’art et la science d’une manière visuellement attirante.

Ses caméras ont permis à des biologistes, à des enseignants, et à des amateurs de documentaires de découvrir des scènes autrement inaccessibles et lui ont donné la possibilité de transmettre une connaissance approfondie de la nature. » Les images 360 degrés Quick Time VR absolument fabuleuses que Michael Clark a captées dans l’Arctique canadien ainsi que le film qu’il a réalisé au moyen de sa « Beluga Cam » sous-marine montrent des images enchanteresses que nous présentons dans la section Horizontal.

Références et reconnaissances:
Pour ce numéro et cet éditorial, je me suis inspirée de différentes sources : d’abord, des artistes, scientifiques, designers et écrivains qui ont contribué à VOIR; puis de Making the invisible visible, un discours qu’a prononcé à Berkeley, à l’Université de la Californie, Keith Devlin devant une classe de finissants en mathématiques, en 1997; et enfin de On Visualization, une conférence de James F. Blinn, qu’il a présentée à Caltech en 1991.

Martha Ladly est la réalisatrice d’HorizonZéro.

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