retour à HorizonZéro HorizonZero 08 vertical line layout graphic english >  

version imprimable  >

échantillons poétiques : voix qui s'élèvent
Voyez cet article en version Flash  nécessite Flash 6 >

Voix qui s'élèvent
Les jeunes Autochtones remixent le hip-hop pour créer leur propre forme d'art
par Shane Breaker, traduit par Yves Lanthier

Hip-hop autochtone : qu'est-ce que c'est, qui le fait, qui l'écoute?

Le hip-hop, qui évolue parallèlement aux genres musicaux plus traditionnels communément associés aux peuples autochtones d'Amérique (avec leurs tambours, leurs flûtes, leurs chants rituels, etc.), est la mode qui connaît présentement la croissance la plus rapide chez les jeunes Autochtones du Canada. Le hip-hop autochtone se popularise depuis quelque temps déjà. De grands centres comme Toronto, Winnipeg et Vancouver aux réserves de partout au pays, le hip-hop est devenu une culture de substitution chez les jeunes, et le rap leur voix. Les jeunes Autochtones ont formé des bandes d'amis, adopté les divers éléments du hip-hop (attitudes, jargon, vêtements) et transformé le tout en quelque chose qui leur appartient en propre. En adjoignant leurs réalités et leurs expériences à la culture hip-hop, ils en ont fait un véhicule représentant leur identité, celle d'un peuple entretenant un lien avec les racines noires américaines du hip-hop et qui reprend pour ses causes le vocabulaire black qui dénonce la pauvreté, la ségrégation et le racisme. C'est ainsi que le hip-hop, déjà un lieu de rendez-vous pour le remixage de disques, d'échantillons et de boucles, est aussi devenu un lieu de rencontre pour le remixage des cultures.

Le hip-hop autochtone est une forme relativement nouvelle du genre, lorsqu'on la compare aux « mutations » qu'a pu subir le hip-hop « initial ». Et, récemment, des groupes notables comme Warparty, Red Power Squad, Tru Rez Crew et Redd Nation se sont frayé un passage vers le courant dominant grâce à leurs adaptations rap : ils ont tiré avantage du potentiel du hip-hop en tant que véhicule de conscientisation des masses pour sensibiliser celles-ci à la situation désespérée des jeunes Autochtones, et l'ont utilisé pour exprimer leur individualisme, leur collectivité et leur fierté.

C'est le Warparty
C'est un fait que les jeunes Autochtones forment le groupe d'âge qui connaît la croissance la plus rapide au Canada, et Karmen Omeosoo, alias « Kool-Ayd », du groupe Warparty (le plus important groupe hip-hop autochtone de l'Alberta), est d'avis qu'ils s'identifient de plus en plus à la culture hip-hop : « Le hip-hop prédomine dans chaque réserve où j'ai été, explique-t-il. Tous les MC brûlent d'envie de se lever et de rapper [...]. Parfois, un groupe complet de breakdance va s'exécuter devant nous [...]. Les jeunes viennent nous montrer leurs textes et leurs graffitis [...]. C'est un vrai phénomène. Partout où on va, la culture hip-hop se multiplie; c'est sans commune mesure. »

Warparty occupe le devant de la scène depuis huit ans. Le groupe a déjà lancé trois albums, gagné deux prix comme meilleur groupe hip-hop et remporté un prix aux Canadian Aboriginal Music Awards pour le meilleur vidéo. Il a tourné à la radio, à Musique Plus et au Aboriginal Peoples Television Network, et s'est produit sur scène partout sur le continent; son auditoire ne cesse d'augmenter. Ces musiciens à succès ont assuré la première partie des spectacles de Ice T, de Wu-Tang Clan et de Choclair, et étaient en vedette lors d'événements et de festivals, dont le The North American Indigenous Games.

Kool-Ayd (comme les autres membres de Warparty, de Mic Noble et de Girlie Emcee) peaufine son art depuis quelque temps déjà, mais il n'aime pas vraiment qu'on le qualifie d'artiste du « hip-hop autochtone ». Le hip-hop est un art global, insiste-t-il, et ce n'est pas une bonne idée d'y créer des catégories : « Beaucoup de ces groupes autochtones font du hip-hop simplement parce qu'ils aiment ça, explique-t-il, parce qu'ils sentent que c'est ce qu'il y a de mieux à faire. »

Warparty a commencé sa carrière hip-hop en dénonçant dès le départ les gouvernements et en attirant l'attention sur les problèmes socioéconomiques qui sévissent dans la réserve Hobbema, au centre de l'Alberta, grâce à des chansons directement inspirées de la vie de ceux qui y habitent. Le groupe a rapidement été perçu comme radical et a réussi à attirer l'attention, comme il le voulait. Mais son troisième CD, The Greatest Natives from the North, qui vient de sortir, adopte une approche plus légère. Ses chansons expriment davantage les bons côtés de la vie, auxquels on s'accroche et qu'on entretient, tout en ne s'écartant pas de la fierté et des questions autochtones. « Tout le monde va vouloir adhérer au hip-hop autochtone, c'est certain », prédit Kool-Ayd, faisant écho à cet esprit positif. « Tenez-vous bien, on arrive! Le hip-hop autochtone fait un malheur aujourd'hui. »

Nativehiphop.net
Junior Simpson, alias Windreamer, est le webmestre de www.nativehiphop.net, où musiciens et amateurs peuvent découvrir tous les grands noms de la scène; le site propose également, entre autres, des liens de téléchargement gratuit de fichiers MP3. Originaire de la réserve de Coliville, dans l'État de Washington, Windreamer a créé ce site Web en 1998 et l'a fait connaître comme source d'information fiable sur les nouveaux artistes et sur les nouvelles parutions. Il y diffuse ses commentaires personnels sur l'actualité musicale. Le site www.nativehiphop.net offre aussi des salons et des liens vers d'autres sites qui annoncent des événements autochtones états-uniens.

« Ce site est le fruit d'un effort collectif; je l'ai mis sur pied grâce à tous ceux qui me donnent des conseils, des astuces, des illustrations et des nouvelles sur tout ce qui se fait et ceux qui le font, explique Windreamer. Tout ce que je veux, c'est que tout le monde soit informé, et ce site est un bon moyen d'atteindre ce but. Croyez-le ou non, son webmestre est autodidacte en matière de construction de site Web. C'est l'initiative d'un Autochtone qui essaie de faire de son mieux, c'est tout. »

Étant donné sa connaissance de la scène hip-hop autochtone, j'ai demandé à Windreamer d'exprimer son opinion sur le fait que les jeunes Autochtones choisissent aujourd'hui cette avenue : « On peut penser, je crois, qu'on voit émerger une génération qu'on a exposée à une musique hip-hop très présente dans la présentation publicitaire et contemporaine des biens de consommations, qu'on parle de chaussures, de bouffe ou de voitures. Les Autochtones vont se l'approprier et l'utiliser à leur guise. »

« Lorsqu'un phénomène apparaît parce que les Autochtones se le sont approprié et qu'il comprend les Autochtones, il semble que toutes sortes de gens s'y intéressent. Le hip-hop n'échappe pas à cette règle. Il est tout de même intéressant d'observer les réactions de gens qui entendent quelque chose de beau, de vibe, et réalisent tout à coup que l'artiste est un Autochtone talentueux et polyvalent, puis de voir leur besoin de participer à cette culture universelle qu'est le hip-hop. »

Il est évident que la scène hip-hop autochtone est en train de devenir une forte composante dans le spectre musical hip-hop. L'existence de groupes canadiens comme os12, à Vancouver, Da Skepla Squad, au Manitoba, Redd Nation et Red Power Squad, en Alberta, et Tru Rez Crew, en Ontario assure que le vibe hip-hop autochtone est en pleine croissance et est prêt à être entendu par les masses. Par le biais de cette musique, la voix des autochtones gagne de nouvelles formes d'intégrité. Le hip-hop représente l'évolution d'une génération qui trouve sa voix contre ses critiques, utilise des mots et des rythmes lui permettant de détruire les perceptions surannées de « l'Indien » et de sensibiliser le monde aux réalités des peuples autochtones, à l'orée du nouveau millénaire. Hype-cha!

Shane Breaker est rédacteur en chef de la revue albertaine New Tribe Magazine. Il est aussi un artiste audio et un ingénieur du son accompli. Vous pouvez entendre Neo-Genesis, un remix de Shane, dans la zone de reconstructions sonores de REMIX.

haut haut  

 

Valid XHTML 1.0!
Valid CSS!