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réflexion : sub-rosa
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sub-rosa
Générer / régénérer / transformer
par Martha Ladly

Sub-Rosa 8.2 (mai 2003)
Bienvenue à REMIX 8.2, où nous continuons d'explorer la scène vibrante de la culture et de l'art remix canadiens. (Voir, plus loin, l'introduction d originale du mois d'avril, REMIX 8.1.)

Ce mois-ci, nous avons le grand honneur de présenter un article d'Anne-Marie Boisvert, rédactrice en chef du Magazine électronique du Centre international d'art contemporain de Montréal. Dans son essai intitulé Du bricolage, Anne-Marie s'inspire des travaux de nombreux théoriciens de la culture pour aborder la culture du montage, ou l'art d'assembler tout ce qui nous tombe sous la main. Dans une autre section de Remix 8.2, nous accompagnons Étienne Côté-Paluck dans ses Révolutions montréalaises, une visite personnelle de la renaissance remix sur la scène des DJ et VJ québécois, tandis que le théoricien des médias Bernard Schütze nous offre une passionnante réflexion sur la plagiophonie (plunderphonics), le compostmodernisme, le mash-up et le bastard pop, dans son essai Échantillons tirés de la masse.

De Montréal à l'espace spatial (audio) : dans la section Transfert de ce numéro, notre rédactrice francophone, Sylvie Parent, nous transporte à Riga, en Lettonie, et nous fait découvrir les oeuvres remix audio interstellaires de l'Acoustic Space Lab. Puis, les émanations extraterrestres québécoises récidivent dans Destination Moon 2003, un collectif d'artistes VJ de Montréal, K-Project, qui se penche sur l'histoire des voyages dans l'espace.

Plus près de chez nous, Ian Samuels, dans son essai Poésie et fossé numérique, analyse la « cyberpoésie » et la « néo-oralité » de la culture pop dans une lecture de Digitopia Blues, de John Sobol (Banff Centre Press, 2002). De Calgary, l'artiste M. N. Hutchinson nous livre Grass et Incident on the Prairie, à la galerie Horizontal. Le poète vancouverois Wayde Compton traite dans son essai du mélange des cultures en abordant le platinisme hip-hop et en nous présentant un enregistrement audio spécial de son cru, tiré d'un projet de poésie platiniste qu'il a fait en collaboration, The Reinventing Wheel. Et Shane Breaker, rédacteur en chef du New Tribe Magazine, magazine albertain, constate la montée inexorable des artistes hip-hop autochtones canadiens. Jetez un coup d'oeil à la vidéo de War Party, et écoutez Neo-Genesis, la contribution de Shane aux Reconstructions sonores de REMIX.

Ne manquez pas d'aller voir les derniers ajouts de la section Reconstructions : côté audio, l'un de nos collaborateurs, Jeff Dawson, nous offre My Hardcore Gift, et Mitchell Akiyama, le dernier volet de la séquence remix audio, Fold and Fell. Du côté visuel, voyez les nouvelles reconstructions graphiques des artistes Web Peter Horvath et David Clark.

Viennent ensuite des rêveries sur le sujet brûlant de la propriété intellectuelle. Le mois dernier, dans cette page (Sub-Rosa 8.1), je disais croire qu'il était possible de respecter les titulaires de droits d'auteur, d'observer la loi sur le droit d'auteur et de rémunérer équitablement les titulaires de propriété intellectuelle, tout en créant en toute légitimité une culture remix alternative vibrante. Ce sujet s'inscrit dans le droit fil de REMIX et a fait l'objet de débats philosophiques aussi houleux que nombreux, tant à HorizonZéro que partout dans notre univers filaire et non filaire.

Creative Commons (http://creativecommons.org/) est une organisation déterminée à intervenir sur ces questions. Fondé en 2001 par Lawrence Lessig, professeur de droit à la Stanford Law School, ce groupe s'inspire de la GNU General Public License de la Free Software Foundation (www.fsf.org). Creative Commons s'est donné pour mandat d'accroître la masse de matériel brut disponible en ligne et de rendre plus facile et moins dispendieux l'accès à ce matériel. Le groupe est persuadé que cela réduira les barrières qui s'opposent à la créativité en favorisant l'éducation du public et l'épanouissement de l'esprit d'innovation. En particulier, et c'est ce qui le caractérise, le groupe a mis sur pied des ressources de métadonnées que l'on peut utiliser pour associer des oeuvres de création au domaine public ou à une licence, d'une manière lisible par l'ordinateur. Creative Commons a aussi mis au point une application Web qui permet aux créateurs de livrer leurs oeuvres au domaine public, ou de conserver leurs droits d'auteur tout en accordant une licence gratuite limitée à certains usages et sous certaines conditions. À la différence des logiciels libres, les licences de Creative Commons sont destinées aux artistes et aux éducateurs - créateurs de sites Web, musiciens, cinéastes, photographes, écrivains, auteurs d'ouvrages pédagogiques, concepteurs de didacticiels et autres.

Cela signifie, par exemple, qu'un photographe peut diffuser ses photos dans un site portefeuille et indiquer qu'on peut les utiliser sans frais, à condition qu'on en mentionne la source. Des groupes de musiciens peuvent publier des chansons que l'on pourra copier, distribuer ou échantillonner sans restriction. En plus d'augmenter les ressources créatives en ligne, cela peut représenter une stratégie de marketing très efficace pour les artistes et les musiciens. (Vu, Sony?)

Creative Commons désire aller encore plus loin : le groupe est en train de construire un outil de « conservation des oeuvres intellectuelles » visant à protéger les oeuvres qui revêtent une valeur publique spéciale (à la façon d'une fiducie foncière, d'un fonds de patrimoine ou encore d'une fiducie génétique) contre la propriété privée exclusive. Le pouvoir au peuple.

À HorizonZéro, nous saluons le travail des artistes qui contribuent à REMIX et remercions de leur aide intelligente les pionniers de la propriété intellectuelle virtuelle.

Sub-Rosa 8.1 (avril, 2003)
Bienvenue à REMIX! Dans les numéros 8.1 et 8.2 (avril et mai 2003), HorizonZéro se livre à une exploration du milieu très dynamique de l'art et de la culture du remix au Canada.

Le remix est une forme de recyclage. Il englobe des cycles de création et de destruction, de désintégration et de renouvellement. Le processus du remix reconnaît le pouvoir d'expression d'autrui. Le remix exige qu'on renonce à la notion de propriété, parfois même à ce qui a été créé. Il force à reconnaître qu'une oeuvre d'art peut être détruite ou rendue méconnaissable au fil des étapes du cycle. Il est multiculturel, multilingue, multigénérationnel. Il peut être dangereux, tactique et politique, et il est engagé socialement. Il existe depuis toujours. Dans un monde où tous les types de médias sont inlassablement recyclés, le remix s'inscrit logiquement dans l'évolution des formes numériques.

Le remix est à la fois destructeur, optimiste et porteur d'espoir. D'espoir, parce qu'il s'agit d'un processus créateur qui fouille le passé tout en se tournant vers l'avenir. Et Dieu sait si nous avons besoin d'espoir en ce moment1.

Le remix est aussi le premier genre artistique et musical à refléter la philosophie d'accessibilité totale mise de l'avant par les dadaïstes, puis par les punks. La puissance des ordinateurs personnels de tout un chacun, l'avènement de réseaux tels que Gnutella (http://www.gnutella.com/) et KaZaA (http://www.kazaa.com/), où divers fichiers sont à la portée de tous, ainsi que la disponibilité de logiciels de plus en plus conviviaux tels que Photoshop, Acid et Protools font que les jeunes peuvent dorénavant s'initier eux-mêmes à la technologie et produire des oeuvres médiatiques grâce à l'ordinateur familial. Les adolescents ne se formalisent pas des questions de droits d'auteur lorsqu'ils téléchargent le plus récent succès de Ms. Dynamite, lorsqu'ils vibrent en écoutant les échantillons très chill de Groove Armada, lorsqu'ils dansent sur un bootleg de Biggie (Notorious B.I.G.) ou lorsqu'ils gravent sur des disques compacts des chansons repiquées à gauche et à droite. Les jeunes d'aujourd'hui n'hésitent pas à contester la culture populaire.

Pete Rojas, qui a publié dans Salon.com un excellent article sur la culture du piratage2, cite Siva Vaidhyanthan - professeur à l'Université de New York et auteur de Copyrights and Copywrongs: The Rise of Intellectual Property and How It Threatens Creativity (New York University Press, 2001) - qui, comme le souligne Rojas, « estime que nous assistons à une démocratisation de la créativité et à une démystification du procédé de paternité artistique [authorship] » [traduction libre].Toujours selon Vaidhyanthan, « Il s'agit de niveler la courbe créatrice et de détruire le mythe selon lequel il doit exister une classe privilégiée de créateurs, afin que nous puissions tous contribuer à notre environnement créateur.3 » Bien que, selon de nombreux commentateurs, le remix vise à détruire la notion de propriété (et il est vrai que certains des meilleurs remix font appel au piratage), je suis convaincue que la culture du remix peut s'épanouir à l'intérieur des limites de la légalité. Il est vrai que cette légalité est souvent précaire, compte tenu des vides juridiques et de l'obscurité qui caractérisent souvent les lois nationales, et du manque d'harmonisation entre les lois des différents pays. Je sais que cette position ne fait pas l'unanimité, mais, à mon avis, si l'artiste mentionnait les sources qui lui ont servi, le contenu imitatif des oeuvres de remix pourrait véritablement être considéré comme une forme d'hommage. Les artistes et les détenteurs de droits d'auteur peuvent se rendre service mutuellement en respectant le principe des droits d'auteur, c'est-à-dire en accordant et en payant les droits (selon les cas) pour l'utilisation des produits d'origine, sans lesquels aucun remix ne pourrait exister. À la lumière de ce principe, ce numéro de HorizonZéro a été créé dans le respect le plus strict des lois canadiennes sur le droit d'auteur. Dans la mesure du possible, nous avons demandé et obtenu l'autorisation d'utiliser les échantillons que vous trouverez dans ce numéro, et payé les droits afférents.

Le remix est tout ce qu'il y a de plus pertinent pour notre époque. Et comme nous prêchons par l'exemple, HorizonZéro a créé, dans ce numéro, un espace numérique où des artistes remixeurs invités et notre propre équipe pourront travailler et expérimenter. Dans REMIX, nous recyclons, nous recréons et nous refaisons une foule de choses - et nous sommes très fiers de vous présenter des oeuvres originales des hyperstars numériques canadiennes Yohan Gingras (alias Evil Pupil) et K-Project (un duo montréalais formé de Valérie Leduc et Frédéric Beaulieu), ainsi que de nombreuses autres oeuvres flambant neuves commandées expressément pour les numéros 8.1 et 8.2.

Ainsi, dans nos deux zones de « reconstruction », un groupe d'artistes audio et vidéo de haut vol s'affaireront à créer de nouvelles oeuvres numériques et à se les échanger pour les remixer dans le cadre d'un processus de stimulation créatrice qui n'est pas sans rappeler les cadavres exquis des surréalistes et le cyberjeu Coudal Photoshop Tennis (voir http://www.coudal.com). Vous y découvrirez l'univers des artistes remixeurs Mitchell Akiyama, Yan Breuleux, Carole Guevin, David Clark, Peter Horvath, Shane Breaker, Susan Kennard, Myron Campbell, Jeff Dawson, Joseph Lefèvre et Martin Tétreault. Ces « combats » de remix feront l'objet d'ajouts hebdomadaires au cours des mois d'avril et de mai, aussi nous vous invitons à visiter notre site régulièrement, pour suivre leur évolution (ré)créatrice.

Que plusieurs de ces artistes soient issus du milieu des DJ et des VJ québécois n'est sûrement pas un hasard. La pratique du « bricolage » est au coeur de leur type de performance, et, au Québec, on a assisté à l'émergence de toute une communauté de praticien(ne)s de cet art. Dans les articles du numéro 8.2, nous nous pencherons sur cette dimension (et sur d'autres facettes) de l'histoire du remix. Nous accorderons une attention particulière à un autre phénomène culturel d'envergure au Canada : le très dynamique mouvement hip-hop, plus particulièrement ses incarnations récentes parmi les poètes-performeurs de la Côte Ouest, les membres des communautés autochtones du Canada et ceux de la culture « néo-orale » de l'environnement Internet. Ce ne sont là que quelques-uns des éléments que vous trouverez parmi les « découpages » que nous vous proposons dans le contenu de notre livraison du mois de mai, REMIX 8.2. Nous espérons que vous serez des nôtres!

Martha Ladly est réalisatrice de HorizonZéro.

Notes:
1. À propos de l'espoir, une de mes étudiantes de première année, particulièrement enthousiaste, a récemment créé une oeuvre faisant appel au remixage en guise de travail de session. En faisant appel au collage, au montage, à des objets trouvés, à des collections de souvenirs, au dessin numérique et au repiquage audio, elle a créé un puissant hommage au père de sa meilleure amie. Or, cet ancien combattant de la guerre du Vietnam s'est suicidé la semaine dernière : les événements des dernières semaines l'avaient plongé dans le désespoir. Sa famille a présenté l'oeuvre de l'étudiante aux obsèques tenues en son honneur la fin de semaine dernière. Lumineuse et pleine d'espoir, cette oeuvre a été une grande source de réconfort pour les personnes qui s'y trouvaient.

2. Pete Rojas, « Bootleg Culture », Salon.com, août 2002 (en anglais). Voir : http://www.salon.com/tech/feature/2002/08/01/bootlegs/print.html

3. Id., ibid

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