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circuits sensibles : autopoeisis
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autopoeisis & cybercouics
Description : Cybercouics
Robot Description, Cybercouics
par Kenneth Rinaldo

La série des Cybercouics parodie l'apparition de l'intelligence des machines. Des composants électroniques, intégrés à des formes qui semblent vivantes, commencent à émettre en couinant les premiers mots de leur propre langage. De multiples détecteurs et interrupteurs leur permettent de réagir au contact humain ainsi qu'aux changements de lumière. Cette forêt digitale, cacophonique et décousue, constitue une analogie de la jungle de l'information dans laquelle, hagards, nous sommes égarés. Cette activité collective chaotique évoque le processus complexe et dynamique que représente la vie. Celle-ci se caractérise par de grandes populations d'organismes primaires qui interagissent de manière non linéaire pour créer des dynamiques collectives globales.

Source: Emergent Systems.

Description : Autopoeisis
par Kenneth Rinaldo
Autopoiesis modifie constamment ses propres comportements en réponse à son environnement et à la participation des spectateurs. Cette conscience de groupe des sculptures robotiques témoigne d’un véritable ballet cybernétique de l’expérience, en fonction de laquelle l’ordinateur-machine et le spectateur-participant sont impliqués dans la grande danse de la perception et de la réponse, chacun percevant l’autre et réagissant à ses mouvements.

Cet organisme, autopoiesis, est constitué de quinze sculptures robotiques qui interagissent avec le public et dont les comportements évoluent avec le temps. Ce sont l’information reçue par les senseurs infrarouges, la présence du spectateur dans l’exposition et la communication entre chaque sculpture qui provoquent ces changements de comportements. Les sculptures robotiques communiquent entre elles grâce à un réseau informatique et à des sonneries téléphoniques, qui constituent un langage musical pour le groupe. Certains des bras robotiques sont équipés de caméras qui projettent ce qu’elles voient sur les murs de la galerie.

Autopoiesis signifie « qui se crée lui-même », une caractéristique partagée par tous les systèmes vivants et qui a été définie et raffinée par Francisco Varela et Humberto Maturana. L’interactivité permet d’inclure le spectateur-participant, qui, à son tour, influe sur l’évolution et l’émergence du système. En plus, cela donne une esthétique sculpturale au groupe tout entier. Autopoiesis rompt ainsi avec la tradition des modèles d’interfaces classiques et présente un environnement interactif détaillé où les composantes sont capables d’évoluer en temps réel en utilisant l’information fournie par le public, qui, lui, peut se fondre complètement dans cette jungle informatique.

Source: Emergent Systems.

Caractéristiques techniques
Senseurs intelligents = mouvement

Autopoiesis utilise des senseurs intelligents qui détectent la présence des participants et qui permettent à la sculpture robotique de répondre aux mouvements de manière appropriée. Ces senseurs sont organisés de façon à minimiser leur nombre tout en maximisant les capacités du logiciel d’en gérer les données. Quatre senseurs infrarouges passifs pointant vers le nord, le sud, l’est et l’ouest sont placés au sommet de chaque bras. Lorsque deux des senseurs sont sollicités, le programme sait que quelqu’un se situe, par exemple, dans le coin sud-est, et la sculpture peut alors se déplacer dans cette direction. Quatre senseurs permettent donc de percevoir huit quadrants.

Alors que les senseurs infrarouges passifs ordonnent à chaque bras de bouger dans la direction du spectateur, les senseurs infrarouges actifs situés au bout des bras permettent d’arrêter ceux-ci à quelques centimètres de la personne. Ainsi, la sculpture fait preuve de comportements d’attraction et de répulsion.

« Autopoiesis a été commandée à l’artiste par le Musée Kiasma, sis à Helsinki, en Finlande, dans le cadre d’Outoaly, exposition sur l’intelligence extraterrestre (2000). »

Contrôleur d’état central = précision

Les différents senseurs robotiques d’Autopoiesis comparent leurs données entre eux grâce à un contrôleur d’état central, qui permet aux bras d’interagir à la fois individuellement et collectivement lorsque le spectateur déambule au sein de l’installation. Chaque bras possédant son propre ordinateur de contrôle, la vitesse globale de réaction est rapide et ressemble ainsi davantage à celle d’un organisme vivant.

Le contrôle local prend toujours le pas sur le contrôle de groupe lorsqu’un senseur local détecte la présence rapprochée d’un humain. Chaque bras peut ainsi faire preuve de précision et de délicatesse lorsqu’il approche ou évite un participant.

Caméras intégrées = vision

Au bout de deux des bras, des caméras intégrées projettent ce qu’elles voient sur les murs de la galerie, ce qui donne au participant l’impression d’être observé par cette sculpture robotique pourvue d’une vie artificielle.

Langage tonal = émotion

Les sculptures sont toutes interconnectées et communiquent en série en échangeant des informations sous forme de séquences de bits. Chaque sculpture génère également des séries de bits d’information sous forme d’algorithmes grâce à un générateur de nombres aléatoires, lequel affecte la forme générale de l’ensemble sculptural et l’évolution de l’environnement sonore.

Les sonneries téléphoniques constituent un langage cohérent et donnent l’impression d’une conscience robotique de groupe, où ce qui est dit par l’un influence ce que disent les autres. Elles forment un langage musical qui permet à chaque sculpture robotique de communiquer et qui donne au spectateur une idée de l’état émotionnel des éléments lors de leurs interactions. Les sons aigus et rapides véhiculent la peur, alors que les séquences sonores plus graves et plus lentes sont associées à la détente et au jeu. D’autres timbres musicaux donnent l’impression que les sculptures sifflotent pour elles-mêmes.

Matériaux organiques = flexibilité et durabilité

Des ceps de vigne de cabernet sauvignon provenant de Napa Valley en Californie forment le principal matériau de construction utilisé par Autopoiesis. Munies de ressorts, des structures plastiques en uréthane jaune servent de points d’attache universels. La structure d’ensemble est solide, durable et légère.

Biographie de l'artiste
par les rédacteurs d'HorizonZéro
Kenneth Rinaldo est un artiste interdisciplinaire des médias dont les sculptures robotiques et l'art biologique traduisent sa croyance dans la coévolution des systèmes organiques et technologiques. Son art explore une nouvelle symbiose entre la biologie et les machines.

Né aux États-Unis en 1958, Rinaldo est issu d'une longue lignée d'inventeurs et d'artistes (son arrière-arrière-grand-oncle est Robert Fulton, l'inventeur du bateau à vapeur). Jusqu'à l'âge de vingt ans, Rinaldo étudie le ballet à New York. Il poursuit des études en informatique au Canada College en Californie, puis obtient un baccalauréat en communications (1984) à l'Université de la Californie, à Santa Barbara, ainsi qu'une maîtrise en Information Arts / Conceptual Design (1996) au San Francisco State University. Il est actuellement le directeur du programme Art & Technologie au Ohio State University à Columbus, où il enseigne des cours tels que « Imagerie digitale » et « Sculpture robotique interactive ».

Les incursions de Rinaldo dans « l'art biologique » comprennent une série de sculptures « biocybernétiques » qui ont réussi à transformer des betta splendens (ou poissons combattants, vivant dans les eaux douces d'Indo-Malaisie) en cyborgs capables d'établir une interface avec des machines pour ensuite naviguer dans des environnements non aquatiques. Par exemple, sur son site Web, Rinaldo décrit son travail en cours, Augmented Fish Reality, comme une « installation sculpturale en forme de bocal conçue pour explorer la communication entre des espèces communes et différentes , pourront faire en sorte que ceux-ci se déplacent dans une direction donnée. Ainsi, mâle et femelle auront la possibilité de « virtuellement » sortir de leur bulle aquatique en explorant la pièce et en interagissant avec ses occupants, aquatiques ou humains.

Rinaldo a créé deux autres sculptures, un peu moins ambitieuses, en utilisant des poissons : Mediated Encounters et Delicate Balance. L'art biologique de Rinaldo s'exprime également dans des oeuvres comme Spider Haus, où des araignées expérimentent dans un environnement artificiel ; et Technology Recapitulates Phylogeny, qui incorpore la conscience de groupe d'une colonie de vers tubefex.

En brouillant la distinction entre l'organique et l'inorganique, ces oeuvres vivantes témoignent du désir de Rinaldo de fonder les modèles de systèmes technologiques humains à venir sur les principes de la vie. Cet intérêt pour le mimétisme biologique a aussi influencé les sculptures robotiques interactives de l'artiste. Rinaldo tente ainsi de créer des systèmes artificiels dont le comportement imite la nature.

Par exemple, The Flock (en collaboration avec Mark Grossman) est une oeuvre constituée de trois bras robotiques qui, en étant fixés au plafond, imitent le comportement d'une volée d'oiseaux en fonction de la voix des êtres humains se trouvant à proximité. Les trois robots, indépendants l'un de l'autre, voient à l'aide d'une caméra, entendent avec des microphones et échangent de l'information sur la position des gens et sur leur propre position grâce à un langage particulier de tonalités musicales. Aucune force centrale ne contrôle le système : les robots agissent individuellement, mais aussi en interdépendance afin de bouger en même temps.

Rinaldo a construit d'autres robots aux comportements complexes émergeant de systèmes simples qui interagissent avec les humains, notamment : Cybercouics (une parodie bruyante de l'émergence de l'intelligence artificielle) et Autopoiesis (une variation du ballet cybernétique interdépendant de The Flock).

En tant qu'artiste multimédia, Kenneth Rinaldo a aussi créé de nombreuses oeuvres non robotiques, des installations audio / vidéo, d'étranges instruments de musique, des sculptures de lumière ambiante, et des tableaux d'images digitales. Une présentation des projets majeurs de Rinaldo ainsi qu'une biographie détaillée de l'artiste sont disponibles sur son site Web Emergent Systems.

Liens:
[http://www.accad.ohio-state.edu/~midori/ant.html]

[http://accad.osu.edu/~rinaldo/]

Ideés de l'artiste
par Kenneth Rinaldo
L'art symbio-technonoétique
Mes installations artistiques interdisciplinaires se situent à l'intersection des systèmes naturels et technologiques. L'intégration d'éléments organiques et électromécaniques illustre une convergence et une évolution parallèle entre le règne du vivant et des matériaux technologiques sans cesse changeants. Je suis fasciné et encouragé par les efforts de l'humanité à faire évoluer les systèmes technologiques vers l'intelligence et l'autonomie sur la base de notre compréhension actuelle de la nature. Mes oeuvres d'art sont influencées par les théories des systèmes vivants, la vie artificielle, la communication entre les espèces, ainsi que par les concepts sous-jacents et la beauté inhérente à l'organisation de la matière, de l'énergie et de l'information. Bien que je sois moi-même fasciné par notre évolution technologique et que j'y trouve une forme d'espoir, mes oeuvres n'en expriment pas moins une inquiétude sur des questions d'ordre écologique, trop souvent négligées au profit du progrès culturel et technologique.

J'ai principalement choisi de m'intéresser à l'art interactif parce qu'il me permet d'établir des relations actives et personnalisées avec une oeuvre, et met en évidence l'évolution parallèle des humains et des machines, de la nature et de la culture. Les formes physiques ramifiées présentes dans mon travail, qui se séparent et se rejoignent, font écho au flux de comportements et aux multiples directions qu'une oeuvre interactive peut prendre lorsqu'elle doit trouver sa propre organisation. Je suis attiré par des oeuvres ouvertes qui esquissent une forme tout en laissant à l'observateur la possibilité d'en observer les morceaux qui la composent. Je dévoile les composantes électroniques et mécaniques, et les intègre dans l'esthétique des relations entre fils, circuits, et ramifications naturelles. Il me semble impératif que les systèmes technologiques reconnaissent et modélisent la sagesse que les systèmes naturels vivants ont acquise au cours de l'évolution, pour un jour fusionner de manière inhérente et permettre une Terre interdépendante. C'est cette philosophie que décrit la symbio-technonoétique.

Source: Emergent Systems.

La transparence des cyborgs
Si l'on n'est pas conscient des mécanismes par lesquels nous communiquons avec une machine, et si, au contraire, c'est l'interface de la machine qui ressent notre présence, nos désirs ou nos besoins, alors cette interface peut être dite transparente. Très souvent, les meilleures interactions avec les machines virtuelles ou réelles sont celles qui sont transparentes pour l'utilisateur. Les oeuvres d'art interactives peuvent servir de métaphores pour le genre d'interactions intermédiaires que les humains vivent au quotidien en utilisant leurs outils de communication électronique, que ce soit la télévision pour formuler leur vision du monde ou bien les ordinateurs et les téléphones pour communiquer entre eux. Elles peuvent en même temps renvoyer à la notion de Donna Haraway, selon qui la « nature » est une construction de la culture, révélatrice des inquiétudes contemporaines au fur et à mesure que cette culture modifie et transforme la notion de nature pour satisfaire ses besoins.

Inspire du commentaire redige par Kenneth Rinaldo a propos du projet Mediated Encouters sur le site Emergent Systems.

L'ascendance des machines
À notre époque, où le développement de la culture humaine est si inextricablement lié à la technologie et dépendant de celle-ci, notre existence baignant dans un sac embryonnaire étrangement confortable et composé de circuits et de puces, il n'est pas étonnant qu'une relation entre technologie et phylogénèse nous apparaisse évidente. Curieusement, il y a maintenant des formes hybrides qu'on ne peut pas immédiatement associer au règne biologique ou au règne technologique. On utilise, pour stocker des images, des ordinateurs dont les réseaux neuronaux sont composés de bactériorhodopsine, une molécule d'origine bactérienne dérivée des chromophores (molécules qui nous permettent de voir les couleurs) des yeux de mammifères. Grâce à des recherches sur la production de soie chez les araignées, on a récemment mis au point une soie artificielle d'araignée, qui serait vingt fois plus résistante que de l'acier de même diamètre. Réseaux neuronaux, micromachines et cybernétique sont autant d'exemples récents de recherches qui se tournent vers les systèmes naturels et les modélisent.

L'information génétique a permis la transmission du patrimoine biologique des parents aux enfants de génération en génération, mais ce qui distingue vraiment les humains de leurs ancêtres, ce n'est pas tant les 100 000 ans d'âge de leur espèce, mais bien leur mémoire culturelle, qui les a accompagnés sous forme de dispositifs destinés à enrichir celle-ci constamment.

Les ordinateurs peuvent certainement être considérés comme des machines destinées à enrichir constamment la mémoire et la culture. Structurellement parlant, ils continuent à évoluer et semblent suivre par mimétisme les étapes successives de développement par lesquelles sont passées les formes de vie moins évoluées, progressant du statut de simples transistors (cellules) à celui de circuits intégrés (neurones) et enfin à celui de réseaux neuronaux (cerveaux). Certains diront qu'il manque aux ordinateurs le corps et les éléments sensoriels qui leur permettraient de développer une forme de conscience. Je pense pour ma part que nous représentons ce corps en tant que prolongement sensoriel de l'ordinateur qui, lui, agit comme analyste et intégrateur de l'information. Ce rôle corporel, sensoriel que nous assumons pour la machine s'illustre également par la recherche, et la création continuelle de machines et de logiciels de plus en plus rapides.

Nous devons nous souvenir que les ordinateurs sont les premiers systèmes que les humains ont créés, qui ont la faculté d'utiliser des symboles - fonction normalement présente chez les créatures biologiques les plus avancées. La miniaturisation permet l'intégration d'un plus grand nombre de transistors dans les ordinateurs, avec une structure plus semblable à celles des réseaux neuronaux. Par le développement de ces architectures mieux interconnectées, plus rapides, la conscience des ordinateurs émergera.

Inspire du commentaire redige par Kenneth Rinaldo a propos du projet Technology Recapitulates Psychology sur le site Emergent Systems.

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