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angle d'incidence (oeuvres) : watched/measured
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Observé et évalué
Exposition permanente, museée des sciences de Londres, Royaume-uni

Le clic d'une caméra qui prend une photo. Sur un écran de projection, l'image d'un homme se fige, puis se dis- sout complètement. Bientôt, une nouvelle image apparaît : une caméra vidéo suit les mouvements d'une femme se déplaçant dans la galerie, balaie l'espace, zoome sur sa tête et la traque, semble l'analyser, puis prend une photo sur le vif. Clic. Un gros plan de la femme est désormais affiché sur un écran situé tout près, avec une vingtaine d'autres. Cet écran montre simultanément, dans chaque cadre, une tête humaine défilant au ralenti. La femme, visitant la galerie pour la première fois, s'approche de l'écran, lit le titre de la pièce, remarque son visage parmi les gros plans, et se rend compte qu'elle a été observée et que son image a été enregistrée pendant qu'elle se promenait d'une exposition à l'autre. Des mots défilent au bas de l'écran. « Sélectionnée, lit-elle, traquée. » Clic. La caméra suit maintenant un enfant qui joue dans le foyer. La caméra effectue un gros plan de son visage, rond et insouciant, démontrant ainsi que le jeune n'a pas conscience d'être observé. Clic. Soudainement, l'enfant disparaît, et la femme se retrouve encore une fois face à face avec l'image de son profil, floue et indistincte, surprise lors de son acte d'observation. L'image se dissout.

L'oeuvre Watched and Measured a été commandée pour l'exposition permanente de la Welcome Wing au Musée des sciences de Londres. Tel que David Rokeby l'explique dans son commentaire d'artiste, « Cette oeuvre propose une exploration des questions d'ordre moral concernant les systèmes de surveillance : portent-ils atteinte à la vie privée, sont-ils nos anges gardiens ou nous réduisent-ils à une source d'images pour une forme de voyeurisme sanctionné? » Les caméras de sur- veillance observent certains espaces dans le musée. Les images recueillies par ces caméras sont traitées numériquement, modifiées et parfois déformées, puis projetées sur trois grands écrans vidéo. Celles-ci, guidées par ordinateur, sont programmées pour rechercher des objets d'intérêt spécifique : tantôt elles repèrent des objets en mouvement, tantôt elles étudient les objets immobiles. Parfois, les caméras fouilleront l'espace pour y dénicher des images représentant des têtes humaines, zooment sur celles-ci et les analysent. Par la suite, ces têtes seront « collectionnées » et affichées sur un écran quadrillé, avec d'autres gros plans récemment recueil- lis. « L'oeuvre présente une série de gens qui regardent et sont regardés, qui observent et sont observés. Les spectateurs, dont les sentiments oscillent entre la compassion et le soupçon, se rendent soudain compte qu'ils ne sont pas seulement les observateurs des activités du système, mais aussi ses sujets. »

De l'autre côté de la planète, l'art de David Rokeby observe les gens. Mais que voient-ils à leur tour? Intrigué, Horizon zéro a demandé à Lina Dzuverovic-Russell, une journaliste britannique se consacrant aux arts, et à son amie, l'artiste Rachel Baker, de faire leurs propres observations et évaluations. Nous les avons invitées à déambuler dans les galeries du Musée des sciences, munies d'un magnétophone et d'une caméra vidéo, à zoomer sur les « observateurs » de l'installation Watched and Measured, et à préparer un compte rendu en direct. Qu'ont-elles pu observer? Des sentiments de compassion et de soupçon, certainement, comme l'avait prédit Rokeby. Mais, en plus, elles mentionnent des mots tels que « séduisant » et « sensationnel », « fétichiste » et « voyeur ». Dans leur entretien très animé, on peut constater qu'elles considèrent comme indéniables ­ indéniablement inquiétantes ­ la qualité esthétique et l'importance sociale de la surveillance en tant que travail artistique. Elles ont également soulevé des questions cruciales à propos de l'installation elle-même : est-ce que l'oeuvre de Rokeby formule une critique assez forte d'un monde qui se trouve constamment sous la loupe? Ou, encore, est-ce que l'oeuvre, en fin de compte, tombe dans son propre piège en s'adonnant librement au voyeurisme? Découvrez ce qu'en pensent nos correspondantes en écoutant le reportage de leur enquête, qui a été effectuée en direct.

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