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Lopart
par Sylvie Parent
À l'occasion de la 31e édition du Festival du cinéma et des nouveaux médias,
du 10 au 20 octobre 2002, les concepteurs de projets multimédias parrainés par
le Programme de Laboratoire pour Projets Interactifs (IPL) se réunissent pour
une troisième rencontre destinée à favoriser la réalisation, la diffusion et
la commercialisation de leurs projets. Ce programme, géré par l'Institut national
de l'image et du son à Montréal, le Canadian Film Center à Toronto et l'Institut
des nouveaux médias de Banff, est financé par le Réseau d'innovation Bell GlobeMédia.
Parmi les quatre projets soutenus cette année figure le logiciel LopArt
[http://www.lopart.net/], conçu par l'équipe LopLop [http://www.loplop.com/]
de Montréal. LopLop se spécialise dans la création de logiciels pour Internet
et pour des supports multimédias variés. L'entreprise compte plusieurs réalisations
destinées aussi bien à des institutions muséales et au secteur privé qu'à des
projets de nature artistique. Elle a développé de nombreux logiciels, notamment
pour des cédéroms, pour la production de bornes interactives, et pour la gestion
de sites Internet avec bases de données. Son plus récent projet, LopArt,
est un logiciel de création graphique, le premier à être mis en marché auprès
du secteur de l'éducation et du grand public.
LopArt n'est cependant pas le premier outil de dessin conçu par Alain
Bergeron, président et fondateur de LopLop, artiste-programmeur et créateur
de logiciels depuis près de 20 ans. Tout au long de sa carrière, celui-ci s'est
engagé dans des projets à la croisée des arts, de l'informatique et des réseaux
de communication. En tant que membre fondateur de La Société de Conservation
du Présent, avec Philippe Côté et Jean Joseph Rolland Dubé, il a participé dans
les années 80 à de nombreuses interventions culturelles, et en 1990, grâce à
l'instauration d'un réseau alternatif -- un des premiers BBS (Bulletin Board
Systems ou babillards électroniques) graphiques -- il gérait les activités
du Musée Standard, une des premières collections d'oeuvres numériques sur le
continent américain. Bien que se définissant davantage aujourd'hui comme « artisan » que comme « artiste », Alain Bergeron reste étroitement associé à la production
de projets artistiques, tels que le cédérom Liquidation réalisé par l'Agence
TOPO (Michel Lefebvre et Eva Quintas), une oeuvre qui a mérité de nombreux prix
prestigieux.
LopArt se distingue des autres logiciels de création graphique par
une interface simple à utiliser, qui permet cependant d'atteindre un haut niveau
de raffinement dans l'exécution. Destiné avant tout aux enfants -- Alain Bergeron
a créé le logiciel, à l'origine, pour sa fille de 7 ans -- cet outil de dessin
a conquis des publics beaucoup plus larges. Toutes les directives étant elles-mêmes
fournies par des icônes facilement identifiables, les enfants d'âge préscolaire
peuvent le comprendre aisément. En outre, la sophistication n'a pas été sacrifiée
à la volonté de simplicité, ce qui fait que les adolescents et le public adulte
ont aussi été séduits par ce logiciel. Un grand soin a été apporté au choix
des fonctions disponibles et à la conception de l'interface. Celle-ci s'inspire
de l'expérience concrète qu'ont les enfants avec les supports traditionnels,
crayons et couleurs sous forme solide ou liquide. De nombreuses fonctions souvent
présentes dans ce type de logiciel ont été jugées trop « artificielles » et
supprimées, telles que le remplissage de surfaces présélectionnées, et la création
de lignes droites et de formes géométriques parfaites. Les options disponibles
permettent une exploration analogue à celles ayant cours dans la «vraie vie»
et visent à prolonger le même type d'expérience sur l'ordinateur afin éprouver
la continuité entre les deux espaces, réel et virtuel, plutôt que de les opposer.
Le logiciel permet, entre autres, de jouer sur l'épaisseur, l'opacité et la
saturation des traits, tout en donnant accès à un vaste échantillon de couleurs.
L'accent a également été mis sur les choix de textures, qui permettent de réaliser
des effets aquatiques, de fourrure ou de feuillage, pour n'en nommer que quelques-uns,
et ainsi de comprendre les techniques picturales qui visent à accomplir de tels
rendus. L'expérience favorise, en particulier, la création de mondes naturels.
Par ce parti pris, elle rejoint les désirs exprimés par les enfants de même
que les programmes pédagogiques mis sur pied dans les écoles. En effet, le logiciel
a déjà retenu l'attention de plusieurs professeurs d'arts plastiques et de responsables
de programmes d'enseignement des arts dans les commissions scolaires du Québec,
grâce au travail de Marie Imbault qui s'occupe de la mise en marché du produit
chez LopLop.
Une autre fonctionnalité intéressante du logiciel permet de revoir toutes les étapes de constitution de l'image
fabriquée comme une animation. Il s'agit d'un véritable outil de déconstruction et d'analyse, puisqu'une telle
rétrospective permet d'observer son propre processus de création, de devenir attentif aux gestes effectués
et de progresser vers d'autres types d'exploration ou d'envisager des améliorations futures aux méthodes
élaborées dans le passé. L'équipe de LopLop prévoit d'ailleurs des développements futurs, incluant d'autres
types d'animations.
LopArt comprend également des fonctions permettant l'envoi d'images
par courrier électronique, l'archivage et la publication d'images sur le Web
dans le « Musée », un « espace d'exposition » que gère actuellement l'entreprise,
mais qui serait administré idéalement par chaque institution (ou individu) faisant
l'acquisition du logiciel. Cette caractéristique vise à encourager la formation
de réseaux, la diffusion de projets artistiques, la création de communautés
et ultimement à valoriser les créations individuelles. L'initiative s'inscrit
tout à fait dans les priorités établies par LopLop pour ses réalisations. Depuis
les expériences en télématique des années 80 jusqu'à la création d'un tel logiciel
aujourd'hui, Alain Bergeron et son équipe ont démontré le même souci de présenter
les réalisations des utilisateurs et de privilégier la diffusion sur le réseau,
au nom de la démocratisation de l'art.
En créant LopArt et en l'offrant pour des sommes minimes, l'équipe de LopLop
propose une solution de rechange aux logiciels de dessin coûteux distribués
par les grands monopoles. De plus, la simplicité d'utilisation de LopArt
le rend accessible à un public plus étendu et varié, contrairement à ces produits
qui ont fini, avec le temps et les innombrables versions, par ne plus s'adresser
qu'aux spécialistes. La commercialisation du produit suit d'ailleurs son chemin,
puisqu'en plus du marché québécois, des efforts sont poursuivis pour la mise
en marché à l'étranger le langage visuel étant universel, aucun problème linguistique
ne vient élever de barrières...
La réalisation de LopArt résulte de plusieurs années d'exploration,
de recherche, d'analyse et de perfectionnement dans le domaine de la conception
de logiciels. Elle découle d'une longue trajectoire caractérisée par un engagement
envers la création et la diffusion, et par une expertise en programmation. Dans
l'élaboration de tels projets, le travail de programmation reste souvent à l'arrière-plan.
Il demeure au service des actes créateurs d'autres individus, ceux qui se déclarent
artistes. Le parti pris de LopLop à l'égard de l'accessibilité tant sur le
plan de l'utilisation que sur le plan économique en est également un à l'égard
des créateurs de demain.
Sylvie Parent est la rédactrice francophone d'HorizonZéro
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