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very nervous system (vns): associations
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Une Association Peu Commune
David Rokeby et la Commercialisation du VNS
par Tom Keenan
David Rokeby vend la technologie de son installation Very Nervous System depuis 1993.
Tom Keenan s'est entretenu avec l'artiste des défis et des contradictions éthiques auxquels font face les artistes qui commercialisent leur art virtuel.
L'art visuel et la frivolité virtuelle
Combinez un artiste acharné avec une technologie puissante et vous vous retrouverez
avec un assemblage peu commun. En 1982, l'artiste Torontois David Rokeby a fabriqué
un système vidéo détecteur de mouvement, un hybride hardware/software,
et ce, parce qu'il n'avait pas le choix. Il s'affairait à concevoir une installation
audio, appelée Very Nervous System (VNS), conçue pour engager le corps humain
dans une expérience intime avec la technologie froide et objective de l'ordinateur.
Pour que l'idée fonctionne, il devait trouver le moyen d'analyser le mouvement
contenu dans un signal vidéo. À cette époque, était-il possible de trouver ce
genre de technologie sur les tablettes des magasins? « Peut-être que oui, en
connaissant une taupe oeuvrant à l'intérieur de l'armée américaine, dit Rokeby,
sinon rien à espérer, et certainement pas pour une raisonnable somme d'argent! » Malgré tout, Rokeby a réussi avec brio et par lui-même à fabriquer un tel
système, peut-être même de manière un peu trop brillante!
« Je me trouvais à la conférence SIGGRAPH
en 1986 et le sujet du jour concernait les technologies graphiques. Il y avait
beaucoup de visiteurs. Les premiers data gloves y étaient exposés, ainsi que les
premiers systèmes de réalité virtuelle. J'étais aux côtés des gens de SGI (Silicone
Graphics) et nous étions tous serrés dans ces kiosques fabriqués de tubes et de
rideaux, typiques des grands halls d'expositions. J'ai remarqué, à mon kiosque,
un homme étrange qui observait attentivement les visiteurs interagir avec le VNS.
Il y avait quelque chose qui clochait dans son apparence décontractée il arborait
des cheveux en brosse, comme un militaire, mais portait tout de même des vêtements
de civil. Enfin, il s'est approché de moi et a placé son visage tout près du mien,
comme un réel sergent instructeur, pour me déclarer : « Voilà des possibilités
immenses utiles pour la Défense! » C'est tout. Et il est parti. Quelques minutes
plus tard, il était de retour avec cinq amiraux, trois généraux et tous leurs
subalternes. Il a pointé mon kiosque et a dit : « Imaginez, Messieurs la détection
instantanée de personnalité! »
« Qu'est ce qu'un artiste qui se respecte est censé faire dans une telle situation? Je ne voulais
particulièrement pas avoir affaire à ces gens-là, alors je suis soudain devenu très bizarre,
dit Rokeby en riant. Quand ils m'ont dit : « OK, voyons voir le coeur du système » j'ai
pensé un instant à tirer le drap qui me séparait du kiosque voisin pour leur montrer les
équipements de SGI (Silicon Graphics) valant plusieurs millions de dollars, avec les trois
techniciens affectés à leur fonctionnement. Mais, à la place, je leur ai montré mon Apple
II et mes pièces électroniques artisanales et ils ont rapidement tourné les talons ! »
Des applications du tonnerre et les Help Desk Weenies
L'expérience de Rokeby soulève une question angoissante. Si un artiste crée
une technologie spécifique pour une de ses oeuvres, cette technologie ne serait-elle
pas vouée à disparaître après usage? Qu'arriverait-il si cette technologie se
révèle si efficace que d'autres voudraient l'utiliser à d'autres fins? Dans
le cas de Rokeby, le système VNS actuellement un logiciel complet nommé
softVNS est maintenant utilisé par quelque cinquante personnes. Quelques-unes
sont des artistes, comme lui, mais le VNS trouve aussi ses applications
en médecine : il aide à rééduquer des patients atteints de la maladie de Parkinson,
de paralysie ou d'autres handicaps.
Il existe par contre des applications du VNS potentiellement plus sinistres.
Par exemple, il pourrait très bien être utilisé comme système clandestin de
surveillance servant à traquer les mouvements humains. Les systèmes de caméras
de sécurité ont déjà la capacité de s'activer à l'aide d'un détecteur de mouvement,
et la dernière version du softVNS 2.0 de Rokeby renferme au moins une
centaine de fonctions supplémentaires. Rokeby dit ne pas savoir si son logiciel
a été utilisé à mauvais escient, mais il mentionne quand même qu'il fut troublé
par un personnage douteux, qui semblait être beaucoup trop intéressé par les
détails de fabrication du système. Rokeby était convaincu que l'homme avait
comme intention de démonter le système pour ensuite le soumettre à une étude
d'ingénierie inversée. En conséquence, il ne lui a pas vendu de système, en
jouant les niais une fois de plus.
La plus grande menace qui plane sur les artistes qui créent des technologies
utiles à leurs oeuvres est qu'ils vont malgré eux devenir des agents d'assistance
technique ou téléphonique et des emballeurs de boîte de disques compacts, alors
qu'ils tentent simplement de commercialiser leur création. Rokeby avoue qu'il
s'agit d'une contrainte énorme lorsqu'il calcule l'importance à accorder à la
croissance du softVNS. « Pendant un temps, j'ai cru que ça allait constituer
mon revenu, dit-il, mais mon travail artistique est redevenu incontournable. » Maintenant, Rokeby vend son logiciel çà et là grâce à son site Web [http://www.interlog.com/~drokeby/home.html]. Déboursez la somme de 350°$ en devises américaines et vous pourrez
installer le softVNS sur trois postes de travail (des Macintosh, évidemment).
Vous pouvez aussi le transporter avec vous pour travailler sur la route. Et
comme tous les bons programmeurs de logiciels, Rokeby vous permet d'essayer
gratuitement le logiciel durant une période de trente jours avant d'en faire
l'achat. Il dit passer de longs moments à échanger des courriels avec ses nouveaux
clients, non parce que le logiciel est compliqué ou difficile à installer, mais
parce que ses clients repoussent souvent les limites du logiciel vers d'intéressantes
directions qu'il voudrait lui-même explorer.
Le budget de mise en marché de Rokeby est assurément nul. « Il existe un nombre
restreint de listservs qui ciblent une clientèle bien définie, note-t-il, surtout
en ce qui concerne la communauté artistique et c'est suffisant pour l'instant. » Il utilise malgré tout un outil de commerce électronique destiné à lui épargner le travail d'un subalterne. Mais les qualités de Rokeby
ne s'arrêtent pas là. En effet, il connaît aussi les standards de l'industrie
et les autres produits apparentés, même les produits récents comme le Jitter 1.0. Il permet également
l'intégration d'objets extérieurs. Si vous travaillez sur son système, vous
pourrez aussi bénéficier du travail des autres utilisateurs. Rokeby n'a pas l'ambition
de s'enrichir avec la vente de son logiciel, mais il avoue que les ventes occasionnelles
arrondissent bien ses fins de mois.
Programmation extrême
Déjà en 1982, Rokeby présageait de l'idée la plus novatrice
du développement d'un système : « La program- mation extrême ».
L'idée est la suivante : les programmeurs qui développent des systèmes devraient
(si vous pouvez l'imaginer) tenir compte des commentaires des utilisateurs et
bâtir ce que ces derniers veulent vraiment, et non pas ce qu'eux imaginent qu'ils veulent. Poussé par la simplicité,
Rokeby s'est fabriqué un système qui répondait expressément à ses besoins. Étant
donné qu'il en était l'auteur, il connaissait exactement les limites de ce que
le système pouvait accomplir. Il a mis beaucoup d'efforts pour rendre le produit
fiable et accessible aux autres. Et, bien sûr, quand des gens comptent sur un
système, il faut constamment y ajouter de nouvelles fonctions et rivaliser avec
les percées des autres créateurs de logiciels.
L'épreuve décisive de ce type de projet s'énonce ainsi : y a-t-il assez de gens
qui ont suffisamment d'argent pour passer du temps à améliorer le système? Pour
David Rokeby et le softVNS, la réponse est oui.
Tom Keenan est un informaticien et un journaliste scientifique lauréat de diverses distinctions.
Il est présentement le doyen de la Faculté d'Éducation Continue de l'Université de Calgary.
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