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Au service de la musique
Évolution récente des technologies de la musique et de l'audio
par Theresa Leonard et Chris Chafe, traduit par Michel Buttiens

Non seulement l'évolution constante de l'informatique change-t-elle notre existence, mais elle a aussi un effet considérable sur la musique, un moyen d'expression culturel commun à toutes les langues. L'évolution technologique se reflète dans la musique depuis ses origines, et ce, dans tous les coins du monde. C'est souvent au service de la musique qu'étaient destinées les inventions les plus complexes des époques antérieures à la nôtre : les orgues baroques, le telharmonium et le DX-7 de Yamaha représentent tous des jalons de cette évolution. Dans cet essai, nous nous efforcerons d'analyser ce qui nous apparaît comme de nouvelles mises au point technologiques qui auront des incidences importantes sur l'avenir des industries de la musique et de l'audio, et de donner une brève explication de leur effet sur les techniciens, les producteurs, les artistes et les auditeurs.

La collaboration entre Internet, l'audio et la musique
Ces dernières années, nous avons réalisé d'énormes progrès dans l'utilisation des capacités d'Internet sur les plans musical et audio, dans le sillage de la profonde révolution des largeurs de bandes et de la connectivité qui a marqué le secteur informatique et notre existence. Cette augmentation des largeurs de bandes et de la connectivité auront d'énormes effets non seulement sur la composition musicale, l'interprétation et les techniques d'enregistrement, mais, en fin de compte, sur la culture également.

Pour ce qui est de la composition et de l'interprétation, les débits interactifs à grande vitesse offrent des possibilités de collaboration à distance. Selon les expériences récentes de débits audio haute définition dans les réseaux de recherche, on peut croire que dans un avenir assez proche, les musiciens tiendront des rencontres et des répétitions, et réaliseront des interprétations dans des studios interconnectés. Il est important de souligner que leur présence dans l'espace musical des autres musiciens se manifestera à l'aide de haut-parleurs ou, éventuellement, d'écrans de conférences vidéo. Il s'agit là d'un virage important pour les musiciens classiques, qui devront se familiariser avec les subtilités des techniques d'enregistrement et d'utilisation de microphones. Ou encore pour les guitaristes, qui devront apprendre à réduire le bruit audio, dont on ne tient pas compte sinon, ou peut-être apprendre à se servir de nouveaux instruments numériques directs (par exemple, la guitare numérique Gibson).

Les techniciens à l'enregistrement et les producteurs devront s'adapter aux paradigmes de techniques émergentes d'enregistrement et d'interprétation répartis. Tout comme ils ont dû, à une certaine époque, optimiser leur approche de l'enregistrement sur bandes magnétiques, disques vinyles et disques compacts, il leur faudra à l'avenir se pencher sur des problèmes de réduction de données, de gestion du débit binaire et de temps d'attente dans des projets de collaboration musicale au sein de vastes réseaux.

Dernier point, mais non le moindre, les nouvelles technologies auront un effet considérable sur le comportement des auditeurs, les possibilités d'interaction et sur la ou les cultures qui en résulteront. Les interprétations et les enregistrements interactifs offerts dans Internet donneront aux utilisateurs des options de composition, de modification et d'écoute de la musique.

La production, la définition acoustique et le nombre de canaux
En ce qui a trait aux enregistrements audio, les musiciens ont désormais accès à des outils de production d'une plus grande qualité sonore et à un coût moins élevé. Il n'y a pas si longtemps, pour obtenir une production de qualité professionnelle, il fallait avoir recours à un studio d'enregistrement coûteux et bénéficier du soutien d'une grande société de production. De nos jours, les obstacles qui se dressent devant les artistes peu fortunés qui cherchent à enregistrer et à diffuser leur propre musique sont surmontables; en réalité, il est possible d'effectuer à partir d'un même ordinateur toutes les étapes d'une production, et ce, de l'enregistrement à la vente. Pour les artistes actuels et futurs, l'enregistrement et la présentation de nouvelles oeuvres dépendront beaucoup moins des tendances du marché imposées et suivies par les grandes sociétés. Ainsi, on assistera à l'épanouissement de petites maisons de production ou de sociétés indépendantes, où la qualité audio conservera son importance.

Toujours en ce qui concerne les créateurs de contenu, ils auront davantage recours à la technologie des enceintes d'ambiance, ce qui leur permettra d'utiliser de nombreux canaux de reproduction tant dans les productions radio que celles d'enregistrements. Cette évolution est attribuable à la popularité grandissante, sur les marchés, des systèmes de cinéma maison. Pendant des dizaines d'années, les artistes ont cherché à créer, à diffuser et à distribuer des champs acoustiques dans leurs enregistrements, plaçant des haut-parleurs derrière et au-dessus des auditeurs pour créer des effets et une sensation d'enveloppement. Dans le passé, ces efforts se sont heurtés à des difficultés techniques, mais voilà que le rendu en direct et sur disque permettra aux compositeurs et aux artistes de mettre l'auditeur au centre d'un environnement acoustique virtuel.

Sur un autre plan, la disparité entre les normes audio des professionnels et des consommateurs est devenue une sorte de paradoxe. Dans les milieux professionnels, les normes d'enregistrement ont connu des progrès considérables grâce au matériel numérique ultra-haute définition, tandis que les modes de rendu en direct ont recours à des systèmes de basse fidélité, comme le MP3, qui permettent de créer de plus petits fichiers prenant moins de place sur un disque dur et se transmettant plus rapidement, au détriment toutefois de la qualité acoustique. Selon nous, les utilisateurs devraient bénéficier d'une plus grande définition sonore à mesure que le nombre d'adeptes de la haute vitesse sur Internet augmentera et que les coûts d'entreposage continueront de diminuer. En raison de ces deux facteurs, le besoin de compression des données sera moins grand et l'occasion de transmettre sur des canaux supplémentaires (c'est-à-dire, d'acoustique d'ambiance) se présentera. Nous suivons une tendance qui non seulement permettra aux auditeurs d'avoir instantanément accès au genre de musique qu'ils souhaitent, mais éliminera les différences entre les formats de reproduction (disque compact ordinaire ou superaudio, DVD, etc.).

Les ordinateurs sont efficaces pour enregistrer et transmettre des données, et, pour les artistes, l'augmentation rapide des largeurs de bandes et de la capacité de stockage constituent une véritable aubaine. Autre caractéristique des ordinateurs : la possibilité de représenter le « monde réel » sous forme de modèles - des éléments de logiciels qui saisissent l'essence d'une chose pour créer l'illusion de sa présence. De nouvelles normes (dont l'audio structurée - mpeg4 et mpeg7) ne reproduiront pas la musique ou le son en tant que tel, mais l'information nécessaire pour « rendre » une construction musicale à partir d'une représentation acoustique de haut niveau. On peut les voir comme un ensemble de commandes codées permettant de dessiner les images d'un écran de télévision que l'on regarde, plutôt que de transmettre directement l'une après l'autre les images de la vidéo. Ou encore, plutôt que de se contenter de dessiner les traits visuels ou acoustiques, ces commandes peuvent fonctionner à un niveau plus élevé - en tant que modèles de logiciels, objets codés, elles pourraient devenir les personnages ou les paysages d'un film : plutôt que de dessiner un arbre, les programmateurs de contenu pourraient « faire pousser » un arbre à un endroit pour les besoins d'une scène.

Les instruments, l'interprétation et les nouvelles technologies
Déjà durant l'ère antérieure aux largeurs de bandes, les technologies numériques avaient commencé à étendre la précision et la souplesse de la création musicale. Le disque compact, les instruments MIDI et le studio d'enregistrement entièrement numérique se sont succédé rapidement. Et le numérique est synonyme de précision, mais aussi de « systèmes intelligents ». À l'intérieur de nombreux instruments numériques, boîtes de traitement ou applications de logiciels, on se rend compte que le musicien peut faire appel à des « connaissances musicales » pour créer de la musique. Depuis les simulations rudimentaires de percussions automatiques jusqu'aux simulations complexes de son instrumental, les algorithmes que l'on retrouve dans ces ordinateurs sont le fruit de la recherche et des inventions. Ce n'est pas une nouveauté, loin de là : les fabricants de flûtes dans la province chinoise de Henan ont conçu un instrument unique à partir d'os d'oiseaux il y a 9 000 ans, et sans doute ont-ils été fascinés eux aussi par les effets sonores et la musique qu'ils pouvaient produire.

La conception de nouveaux instruments
L'histoire de l'électronique et du son repose en partie sur la création de nouveaux modes de production musicale. Une des qualités de tous les instruments qui ont duré est l'expressivité, et celle-ci demeure l'objectif d'une nouvelle génération de luthiers sur le plan de la conception. La différence, de nos jours, réside dans le fait que l'appareil lui-même est distinct du mécanisme de production sonore, ce qui ouvre de nombreuses options quant aux caractéristiques qui s'offrent à l'interprète. Ce sont les dimensions que l'interprète peut manipuler, comme les dimensions classiques telle la hauteur, la force des sons et le timbre. Mais il peut y en avoir de nombreuses autres, notamment l'orientation dans l'espace, les regroupements d'événements et l'amélioration de l'exécution automatique. Comme on peut le constater dans le karaoké, cet élément peut être utile en permettant de donner certaines indications et de faire des corrections.

Il n'en demeure pas moins que les véritables critères d'évaluation d'un nouvel instrument sont son pouvoir expressif et la capacité pour un musicien d'atteindre la virtuosité. En musique, cela se passe en chacun par la pratique de son art (autant pour l'interprète que le compositeur, le luthier ou l'ingénieur de son) et c'est cela qui « fait » un musicien. Les instruments de virtuoses (par exemple, des « amplificateurs de gestes » pour le violon) ont évolué avec les capacités artistiques des interprètes.

À présent, pensons à l'écart qui pourrait se creuser si l'instrument et l'interprète sont séparés l'un de l'autre. Dans le cas des instruments traditionnels, il est essentiel d'avoir une subtile sensation de toucher pour bien interpréter; nous apprenons aujourd'hui que l'ajout de cette sensation peut constituer une amélioration notable à ces instruments « désincarnés ». La conception des interfaces tactiles des systèmes musicaux puise dans l'expérience de nombreuses disciplines. Stimulants et agréables, ces systèmes d'interaction entre l'être humain et les instruments informatisés en sont encore au stade de la recherche. Déjà, certains musiciens intéressés par les possibilités expérimentales de la musique interactive se servent de détecteurs et de microprocesseurs sur scène. Ces appareils auront un rôle énorme à jouer dans un univers quasi déconnecté. On peut prendre comme exemple le besoin pour un chirurgien opérant à distance d'atteindre une précision fondée sur le toucher.

Conclusion
De nos jours, la technologie exerce une influence directe sur l'art en raison de son effet direct sur l'instrumentation et la méthode de distribution. Dans cet essai, nous avons abordé certains nouveaux formats et certaines pistes de collaboration et de transmission dans l'univers de la musique. La composition ayant toujours été dépendante des technologies disponibles, nous pouvons nous attendre à assister bientôt à d'énormes changements dans les domaines de la composition et de l'interprétation musicales. Les cultures musicales s'uniformiseront, et une fois de plus le médium se confondra avec le message. L'art est en bonne partie déterminé par la façon dont on le présente. À mesure que nous séparerons l'interprétation des formats de restitution - le disque compact dans le cas de la musique - sans doute utiliserons-nous des appareils interactifs sans fil tenant dans la paume de la main, des appareils auxquels une portée mondiale est littéralement intégrée.

Theresa Leonard est directrice du département audio pour la musique et le son au Banff Centre. Elle s'intéresse à de nombreuses facettes de la production, de la technique, de l'enseignement et de l'administration de l'audio. Elle détient une maîtrise en musique avec spécialisation en enregistrement du son de l'Université McGill. Ayant suivi une formation de pianiste classique, elle a enseigné la musique dans des écoles françaises et anglaises de l'est du Canada et a assuré la production et la direction technique d'enregistrements pour des sociétés comme Anelekta, Arktos, Bravo!, Centaur, EMI et Marquis Records.

Chris Chafe est compositeur, violoncelliste et chercheur dans le domaine de la musique. Il s'intéresse à la composition automatique et aux interprétations interactives. Il est depuis longtemps attaché au Center for Computer Research in Music and Acoustics de l'Université Stanford, où il enseigne en plus de diriger le Centre. Ses travaux les plus récents lui ont permis de mettre au point des méthodes de synthèse acoustique sur ordinateur fondées sur des modèles physiques de mécanique des instruments de musique. Dans le cadre d'un projet en cours intitulé SoundWIRE, il explore la collaboration en musique à l'aide de la transmission à haute vitesse sur Internet pour obtenir un son de haute qualité.

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