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sur le chez-soi : retour
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Grandir partout
par Valérie Lamontagne, traduit par Michel Buttiens

Je suis retourné en pensée - ma pensée s'estompant désespérément à mesure que j'avançais - vers des régions éloignées où je cherchais à tâtons une issue secrète, pour finir par découvrir que la prison du temps est sphérique et sans issue.
- Vladimir Nabokov, Speak Memory [Traduction libre]

Si vous me demandez d'où je viens, je ne sais que répondre. Pour la plupart, les gens viennent de quelque part, ou peut-être vont vivre ailleurs, ce qui fait que leur existence est coupée en deux par une expérience d'immigration, de transplantation ou de départ pour un « ailleurs ». Québécoise de naissance, j'ai reçu une éducation anglo-saxonne. Je suis née à Montréal, mais, entre cinq et vingt ans, je suis déménagée plus d'une fois par année scolaire. Nous avons habité dans de grandes villes, de petites municipalités, des exploitations agricoles, de bons et de mauvais quartiers, au Canada anglais, au Québec et en Europe. Souvent, nous sommes revenus à notre point de départ. Pourquoi? C'est que mes parents ont été idéalistes, agriculteurs, hippies, avant de devenir artistes. Ils se rendaient là où il y avait du travail et des possibilités (et ma soeur et moi les suivions). Avec le recul, je ne pouvais concevoir de « grandir » autrement.

Souvent, les gens évoquent la difficulté de vivre une enfance dispersée. Pourtant, la joie de découvrir de nouveaux endroits l'emportait toujours de loin sur les défis inhérents à l'adaptation à un nouveau milieu. En réalité, j'en suis venue à me dire que l'identité est une chose bien relative. Ici, vous êtes la « vedette »; ailleurs, vous voilà « perdante ». Par ailleurs, comme tous ceux qui voyagent le savent, on jouit d'une grande liberté quand on se trouve dans un milieu étranger où on peut se réinventer soi-même, surtout quand on vit les délicates transformations de l'adolescence.

Je remarque que les périodes de transition que j'ai connues dans le passé ont eu une incidence sur mes choix d'adulte, qu'elles ont donné une couleur à ma vision, un désir d'assister au changement à partir de l'oeil du cyclone qu'est le temps. Jeune adulte, je suis revenue à Montréal, à un âge de la vie où d'autres quittent pour la première fois leur chez-soi, et je n'en ai pas bougé depuis. Je suis sans cesse fascinée et émue par la transformation de mon univers familier : jamais je n'avais imaginé qu'on pouvait ne pas bouger, et se contenter de regarder les rues et les gens changer. J'éprouve de la nostalgie - une saine nostalgie - à l'égard de certaines personnes et de certains endroits. Parfois, il faut sortir du présent pour le voir tel qu'il est. Et, comme me l'a dit un jour un ami, « Ce n'est pas l'endroit où tu vis qui compte, c'est le fait que nous en fassions l'expérience de la vie en même temps. »

Valérie Lamontagne est une artiste, critique d'art pigiste et conservatrice montréalaise. Ses oeuvres et performances ont été présentées partout au Canada, ainsi qu'aux États-Unis et en Europe. Elle rédige régulièrement des articles consacrés à l'art des nouveaux médias et à la performance pour diverses revues artistiques et est cofondatrice de MobileGaze.com, un site web présentant des oeuvres d'art et des entrevues avec des artistes et des producteurs de médias numériques. Elle adore les animaux, parce qu'ils sont toujours prêts à vous suivre, où que vous alliez.

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