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sur le chez-soi : espace
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ce lieu qui nous habite, ce lieu que nous habitons
par Phyllis Katrapani

Existe-t-il réellement ce pays d'avant la déchirure, le pays de l'enfance gardée, ce lieu d'un temps qu'on a laissé derrière? Comment arriver à ce chez-soi qui n'appartient qu'à nous?

Après mon film Ithaque (1997), allégorie du retour d'Ulysse vers son île natale, j'éprouvais le désir de mieux définir ce qu'est la maison, le chez-soi, ce lieu qui nous habite et que nous habitons, l'endroit où l'on revient, même si ce n'est qu'en pensée. Et si ce n'était qu'un mythe?

Malgré le fait que je me sente attachée à mon lieu de naissance, Montréal, il y a toujours eu en moi la présence de l'ailleurs. Un désir pour quelque chose que, peut-être, je n'aurais pas encore vécu, une nostalgie pour les lieux où mes parents sont nés et ont grandi. Même en les ayant visités régulièrement, je sentais parfois que ces lieux n'étaient ni moi ni à moi. Le fait d'idéaliser mes racines était une chose qui me préoccupait.

Ce questionnement allait se refléter dans ma toute dernière oeuvre, intitulée HOME (2002), un film mettant en scène un personnage déchiré entre deux mondes. Cet homme apparaîtrait dans divers tableaux, chacun évoquant un aspect de la maison : territoire, famille, pays des origines... À ses côtés, une femme exprimerait le désir de construire quelque chose de tangible, de concret, là et maintenant. Autour du couple, un personnage énigmatique, le Poète, représenterait l'espace mental, le paysage intérieur, cet endroit, en nous, vers lequel on se retire et où on peut véritablement être soi-même.

Parmi ces tableaux fictifs, j'imaginais des scènes composées d'images tournées en Grèce et en Turquie, pays de mes origines, scènes que j'allais nommer « images du pays natal ». Ces images allaient être liées aux visions du personnage.

Il était aussi important pour moi de confronter mes expériences à celles des autres, d'où le désir d'inclure dans ce film des passages documentaires et de faire évoluer le réel et la fiction sur un même plan. Je demandai à des hommes et à des femmes, immigrants ou enfants d'immigrants, où était leur home, leur chez-soi. Ainsi, à la voix individuelle venait s'ajouter une voix plus universelle; du coup, le film apparaît poser à l'être humain une seule et même question fondamentale : quelles conditions créent pour chacun le sentiment d'être chez soi, en sécurité, d'avoir son home?

N'ayant pas de réponse précise à fournir, je suis un peu plus sereine. L'appartenance est un sentiment qui évolue, quelque chose d'aussi mystérieux que le souvenir d'une odeur, d'une musique lointaine, d'une lumière qui nous envahit, venue de nulle part. Cette quête d'un endroit que l'on reconnaît, qui nous ressemble, est la quête d'une vie, peu importe la nature de l'exil.

Phyllis Katrapani est photographe et cinéaste. Elle a fondé la maison de production ÎLE BLANCHE, a produit et réalisé trois films, Zatisi (Still Life) (1992), Ithaque (1997) et Home (2002).

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