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Maison nanotechnologique de demain : projets
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Maison nanotechnologique de demain : projets


Introduction aux projets

Une cuisine télépathique
Un salon qui vous permet de revivre le passé
Une maison nomade personnelle
Un abri incrusté sous la peau
Une maison qui prend possession de l’ADN de ses occupants
Un voyage nanométrique au coeur de la maison

Toutes ces idées ont été exploitées dans la section intitulée Maison nanotechnologique de demain. Cet ensemble de projets multimédias a été réalisé par six équipes de scientifiques, d’artistes et de designers qui ont voulu partagé leur vision de la maison nanotechnologique de demain à l’aide d’images, d’animations, de composantes sonores et textuelles. Le résultat: six visions remarquables et fort différentes de mondes domestiques futuristes. Six projets qui amènent à revoir notre conception du quotidien dans le futur. Nos vies continueront-elles de se dérouler de manière similaire dans l’avenir ou faut-il entrevoir des changements radicaux? Comment les nouveaux matériaux affecteront notre corps et nos perceptions? La conscience d’un nanocosmos nous entraînera-elle à changer la conception que nous avons du monde qui nous entoure? Prenez part aux spéculations offertes par nos équipes. Les projets sont présentés dans la version Flash du site.

Architecture dotée de mémoire
L'équipe 1 : Joanna Berzowska, Arek Banasik, Francis Reed, traduit par Michel Buttiens

Revivre le passé grâce à des assistants individuels
Grâce aux technologies numériques, nous sommes en mesure de saisir, d'entreposer et de cataloguer une quantité toujours plus grande d'informations sur nous-mêmes. À l'avenir, en raison de la place prépondérante qu'ils occupent, les environnements informatiques finiront par constituer une puissante infrastructure permettant de saisir nos expériences par l'entremise de capteurs réseautés et omniprésents qui enregistreront différents aspects de nos activités. Simultanément, les chercheurs scientifiques reçoivent des fonds de plus en plus importants pour effectuer des travaux sur des technologies comme les « agents de mémorisation » et les assistants numériques personnels, qui servent à nous rappeler nos rendez-vous, nos engagements et des éléments importants de notre existence.

Architecture dotée de mémoire est un projet de nanotechnologies créé par Joanna Berzowska avec la collaboration d'Arek Banasik et de Francis Reed. Pour consulter une analyse plus détaillée des réflexions de Joanna Berzowska sur les « architectures riches en souvenirs », reportez-vous à la collection de courts écrits Avant-projets pour demain figurant dans la section Articles et fiction du présent numéro d'HorizonZéro.

L'équipe
Arek Banasik est un artiste et un designer indépendant qui travaille à New York et à Montréal. Il effectue des travaux de recherche sur le graphisme informatique, le design interactif, la mode réactive, l'ameublement sensible, la musique et le son. En 1994, à New York, il a cofondé un studio de design multidisciplinaire appelé io/360, où il a contribué au lancement du design informatique. Ses travaux ont paru dans des magazines comme ID Magazine, Blueprint, Nikkei Design, Print Magazine, Forum, Axis, Aesthetics of Surveillance et Re:Buzz. Il est diplômé de la Cooper Union for the Advancement of Arts and Sciences de New York.

Joanna Berzowska est professeure adjointe en art du design et en création numérique à l'Université Concordia à Montréal. Ses travaux et ses recherches portent principalement sur les « ordinateurs souples » : les tissus électroniques, les cybervêtements, les matériaux réactifs et les interfaces souples. Elle est cofondatrice de la société International Fashion Machines de Boston, au sein de laquelle elle a mis au point le premier afficheur évolutif à encre électronique sur vêtement et le tartan électronique, un tissu dont le changement de couleur est adressable. Elle a obtenu sa maîtrise en sciences au MIT pour un travail intitulé Computational Expressionism. Au MIT Media Lab, elle a travaillé avec le Tangible Media Group sur des projets de recherche, entre autres, sur les musicBottles.

Francis Reed s'apprête à obtenir son diplôme au programme intensif de sciences informatiques de l'Université Concordia, avec une concentration en image et son numériques et beaux-arts. Avant cela, il a obtenu un diplôme d'études collégiales en sciences informatiques et a travaillé pour une petite société de design, laquelle a stimulé son intérêt envers les médias numériques et l'a motivé à prendre une part active dans la création de nouveaux médias et dans la culture propre à ce domaine.

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Des peaux habitables
L'équipe 2 : Tania Fraga, Kathryn Saunders, Russell Taylor, David Wishart, traduit par Michel Buttiens
Dans le cadre du projet de la Maison nanotechnologique de demain, les quatre membres de l'équipe se sont divisés en deux groupes pour travailler sur des concepts distincts tout en étant liés et relatifs aux possibilités de tissus fluides et intelligents et d'architectures vivantes et mobiles, en d'autres termes, des peaux habitables.

Nanoderm : Kathryn Saunders + David Wishart
Les projets sont des processus. Au cours de notre processus, nous avons cherché à repousser les frontières des possibilités architecturales en établissant des rapports avec la science du monde réel. Piloté par le chercheur David Wishart, le projet Nanoderm est une reprise des percées scientifiques déjà réalisées, combinées à une dose de liberté artistique. Nous avons commencé par obtenir des hybridations de la science et du design, établissant les grandes lignes de la particularité et de la complexité de chacune des stratégies. Nous avons abouti à cinq scénarios; Nanoderm n'est que le premier. Nous espérons réaliser plus tard les quatre autres possibilités, dans d'autres contextes.

Nanoderm présente un nouveau paradigme d'habitation humaine créatrice : une nouvelle écologie du design selon laquelle la nanotechnologie incrustée dans la peau devient une enveloppe, une interface intelligente, un gardien et une proposition liée à la mode. L'élément central de ce nanobioréseau est la puce nanodermique. Implantée à la base du cou, cette puce est un microélectroencéphalogramme (EEG) de conception particulière, capable de détecter et d'interpréter les mouvements des ondes cérébrales. La puce nanodermique amplifie alors ces signaux et les transmet à la peau grâce à des tatouages en nanofibres incrustées. Tracés de manière élégante sur tout le corps, ces tatouages émettent des impulsions de basse tension qui créent une nanopellicule sur la surface du corps de façon à modeler une « peau » de forme, de couleur, d'épaisseur et d'opacité variables, qu'on pourrait qualifier de vêtement nanodermique. Il est possible d'appliquer différents types de nanopellicule sur le corps, chacune réagissant différemment aux stimuli internes et externes (chaleur du corps, champs électriques intérieurs et extérieurs, champs magnétiques) de façon à produire de nouvelles peaux habitables.

Les enveloppes architecturales sont, au départ, de petites boules portatives remplies de fluide et des mêmes nanoparticules semblables à des protéines servant à créer un vêtement nanodermique. Une fois placées sur le sol et chauffées, ces boules deviennent cent fois plus grosses et créent des enveloppes adaptatives et réactives qui réagissent et interagissent avec les habitants ou avec d'autres constructions nanodermiques. Il en résulte une écologie de design selon laquelle la nature échappe à sa conception traditionnelle pour faire partie du paysage logique du nanobioréseau. À l'intérieur, des éléments de programmation comme la Surface sensible (inspirée par Tania Fraga et Russell Taylor), et de l'information. La mémoire, les pensées et les émotions s'y organisent et s'expriment par trois systèmes d'intelligence incrustés et interreliés : les processus visuel, physique et électrique (les pensées). Davantage définie par les spécifications du nouveau nanobioréseau, la peau prend de nouvelles significations culturelles et symboliques en tant que composante génératrice d'une nouvelle « écologie du design ».

Fluid Cloth : Tania Fraga + Russell Taylor
Le vêtement fluide représente une première étape vers la constitution d'une peau nomade, mutable et portable. Le projet consiste en une installation constituée d'une surface physique utilisant un nanomatériau - le nitinol - auquel est intégré un tissu en caoutchouc naturel produit par de petites communautés de la région de l'Amazone, dont la production et la vente contribuent à leur survie économique tout en préservant leur environnement. La surface de caoutchouc réagit à des stimuli informatiques : les fils de nitinol (un alliage métallique ayant une mémoire de forme) réagissent à l'électricité et changent de configuration selon les variations du courant, pour modifier la forme du tissu dans lequel ils sont noyés. Le principal objectif à long terme qui sous-tend le projet de vêtement fluide consiste à créer un logement adaptatif semblable aux carapaces qui forment le dos des tatous et des tortues, c'est-à-dire des maisons mobiles qui se replient et se déplient selon différentes configurations, de manière à s'adapter à différentes situations. Bien que la création de telles structures soit à la fine pointe de la recherche scientifique, le processus devrait également suivre les principes ordinaires de la durabilité, notamment :

1) le recours à des matériaux et à des sources d'énergie renouvelables comme le rayonnement solaire, le vent, les vagues et les marées;

2) la transformation de l'énergie humaine et des déchets en une énergie utile produisant de l'électricité, des gaz biologiques et des engrais;

3) la mise au point de procédures d'économie et de recyclage de l'énergie;

4) le respect du savoir, de la sagesse et de la culture des communautés locales (on trouve dans le monde de nombreuses petites communautés qui survivent en harmonie avec leur environnement et qui pourraient nous offrir des matériaux naturels pour compléter la nanocarapace);

5) le recours à des systèmes informatiques intelligents et affectifs[1] capables d'interaction, d'apprentissage et d'adaptation aux particularités de l'utilisateur et à l'environnement, et d'harmonisation au climat, aux services urbains locaux, aux encadrements culturels ou à d'autres matériaux et biens.

Le projet de vêtement fluide vise à créer une étape de transition en établissant une stratégie de base en vue de la création d'abris mobiles, mutables et sensibles. Il s'inscrit dans le cadre d'un projet plus vaste mis sur pied par Tania Fraga et portant sur les surfaces sensibles [http://planeta.terra.com.br/arte/lvpa2002/ResponsiveSurface], qui vise à trouver de nouvelles métaphores fonctionnelles pour décrire les matériaux sensibles créés à l'aide des nanotechnologies.

Note :
1) Rosalind Picard, Affective Computing, États-Unis, MIT Press, 2000.

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L'esprit aux commandes de la cuisine
L'équipe 3 : Myron Campbell, Ruth West, Gregor Wolbring, traduit par Ève Renaud

L'avenir des environnements personnels commandés par la pensée
Notre vision de la maison nanotechnologique de rêve passe par une interface cerveau-maison qui permet aux occupants d'accomplir les tâches quotidiennes en les exécutant par la pensée. Selon ce scénario, une personne interagit avec son environnement personnel et le gère, peu importe sa capacité de voir, d'entendre ou de parler, son mode de locomotion ou son degré de mobilité. La recherche qui porte sur l'interface cerveau-machine, jumelée à la perspective interdisciplinaire des NBIC (la convergence de la nanotechnologie, de la biotechnologie, de l'informatique et de la science cognitive), présage des futures interfaces qui nous relieront à nos espaces et à notre environnement de vie. Ce scénario de la maison nanotechnologique idéale est lié au concept de « design universel » et à la volonté de faire que cette maison de rêve soit également accessible à tous. Il englobe les questions d'éthique que ne manque pas de soulever l'application des technologies NBIC par rapport aux environnements personnels et au monde en général.

À mesure que progresse la recherche dans le royaume de l'interface cerveau-machine, de la nanotechnologie et des NBIC, nous devons affronter cette lourde promesse selon laquelle les technologies émergentes vont améliorer nos vies, mais aussi bouleverser et remuer nos convictions, nos définitions de l'humanité et la dimension éthique de notre application de la connaissance et des progrès technologiques.

Comment notre définition de « l'être humain » va-t-elle être modifiée quand nous pourrons interagir avec notre environnement sans le secours de certaines matérialisations? Comment définir notre identité si nous pouvons améliorer notre environnement et nous améliorer nous-mêmes en employant les NBIC pour manipuler notre cuisine et accomplir des tâches quotidiennes rien qu'en y pensant, telles qu'ouvrir le réfrigérateur, faire fonctionner le mélangeur, ouvrir et fermer le robinet? Deviendrons-nous un élément de notre maison? La maison deviendra-t-elle un prolongement de notre propre incarnation? Si la facilité d'utilisation est un progrès substantiel, l'accès en sera-t-il garanti à tous ou les forces du marché pèseront-elles sur la distribution de cette technologie dans la société? Qui pourra consulter les renseignements que votre maison aura à votre sujet? Qui d'autre que les occupants de la maison aura accès à l'interface cerveau-maison et quel type d'information pourra être communiqué par son intermédiaire? Ces nouvelles questions et tant d'autres encore appellent un débat social et éthique rigoureux sur les implications de cette technologie émergente.

Si vous désirez voir la version textuelle du projet interactif « L'esprit aux commandes de la cuisine », cliquez ici. Cette version a été réalisée par Gregor Wolbring afin de rendre accessible le contenu créatif du projet à tous les utilisateurs.

Sites sur la recherche
[Tous ces sites sont en anglais.]
Interface cerveau-machine
http://wetware.hjalli.com/000124.shtml
www.popsci.com/popsci/medicine/article/0,12543,576464,00.html (n'est plus accessible)
http://www.cyberkineticsinc.com

Prosthétique à commande mentale
[http://www.whitaker.org/news/schwartz.html]
Defense Advanced Research Projects Agency ou DARPA à l'appui de la mise au point de l'interface cerveau humain-machine
[www.dukenews.duke.edu/news/newsreleaseb4e9.html]

L'implant cérébral au secours de la mémoire?
[www.guardian.co.uk/international/story/0,3604,912940,00.html]

Une première prothèse cérébrale
[www.newscientist.com/news/news.jsp?id=ns99993488]

International Centre for Bioethics, Culture and Disability
[www.bioethicsanddisability.org/transhumanism.html]

Dispositifs neuronaux assistés par l'humain
[http://www.darpa.mil/dso/thrust/biosci/brainmi.html (n'est plus accessible)]

Un singe commande un « troisième bras » grâce aux signaux de son cerveau
[www.newscientist.com/news/news.jsp?id=ns99994262]

Cerveaux sans fil
[http://web.zdnet.com.au/techcentre/wireless/news/story/0,2000050944,20278912,00.htm]

L'équipe
Myron Campbell est concepteur graphique d'HorizonZéro. Il a travaillé dans de nombreuses sphères des nouveaux médias et des beaux-arts et s'intéresse à la fusion de ces deux mondes. On peut consulter le dossier de ses réalisations à www.notsosimpleton.com.

Ruth West est chargée de cours au département du design et des arts médiatiques de la UCLA. Cette artiste qui a déjà fait de la recherche en génétique moléculaire explore la relation entre la génétique et la culture dans le cadre plus large des interrelations entre la pratique artistique et la pratique scientifique. Elle a fondé in silico v1.0, un groupe de promotions de la collaboration entre art et science et est chargée de recherche agrégée au Center for Research in Computing and the Arts de l'UCSD. L'adresse de son site web est www.viewingspace.com.

Gregor Wolbring est biochimiste et professeur agrégé adjoint de bioéthique à la University of Calgary et à la University of Alberta en plus d'être membre du conseil de direction de la Commission canadienne pour l'UNESCO. Il est fondateur et chef de la direction du International Centre for Bioethics, Culture and Disability (www.bioethicsanddisability.org).

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Le rêve de Kyo
L'équipe 4 : Yvonne Caravia, Brian Fisher, Kathleen Goonan, Sha Xin Wei, traduit par Yves Lanthier

L'amour à l'ère technologique
Après plusieurs semaines passées à communiquer les uns avec les autres, nous (Sha Xin Wei, Brian Fisher et Kathleen Goonan) avons décidé que nous concrétiserions notre contribution au projet de Maison nanotechnologique de rêve en dépeignant un avenir où les maisons, entités conscientes à part entière, pourraient prendre légalement possession de leurs occupants, tant de leur ADN que de leurs aptitudes intellectuelles, artistiques et émotionnelles. Bref, de tout ce qui en fait des humains. Puis, ils pourraient évincer ces premiers locataires pour en rechercher d'autres, construire leur propre communauté d'information humaine, et même en venir à communiquer avec d'autres maisons nanotechnologiques.

Kathleen a simplifié le récit original en le traduisant en texte et en une série d'images (dessins, photographies) qu'elle a envoyées par courriel aux autres participants. Brian a demandé aux musiciennes Linda Kaastra et Sachiyo Takahashi de jouer du tooka (instrument numérique à vent joué par deux personnes qui soufflent dans les deux extrémités), et Xin Wei a invité des étudiants (Yvonne Caravia et Chetan Bagga) dans son laboratoire (Topological Media Lab, http://topologicalmedia.net) afin qu'ils l'aident à transposer le récit en un projet multimédia.

L'équipe
Yvonne Caravia est étudiante à la maîtrise au programme de Design et technologie de l'information, au Georgia Tech Research Institute. Elle est bachelière en art de l'imprimerie de l'Université du Michigan, spécialisée en imagerie numérique. Sa recherche artistique au Topological Media Lab, auprès du professeur Sha Xin Wei, a porté sur les ordinateurs vestimentaires, les textiles interactifs et les interfaces corporelles dans le contexte de la performance rituelle.

Brian Fisher est assistant-réalisateur au Media and Graphics Interdisciplinary Centre de l'Université British Columbia (UBC MAGIC). Sa recherche porte sur l'évolution commune des aptitudes humaines perceptuelles, cognitives et collaboratives, et sur les technologies interactives. Son oeuvre incorpore la science cognitive, le génie et les pratiques commerciales. Son objectif consiste à élaborer à la fois une science appliquée de l'interaction humaine avec les technologies de l'information et une méthode accompagnatrice de design réflexif à l'intention des praticiens du design.

Kathleen Ann Goonan (www.goonan.com) a publié cinq romans de science-fiction (dont Nanotech Quartet) et plus de vingt-quatre nouvelles aux États-Unis et ailleurs dans le monde. Elle voyage et donne des conférences traitant des implications éthiques et sociales des nanotechnologies. Son dernier roman, Light Music, a été présélectionné pour le Nebula Award.

Sha Xin Wei crée des installations expérimentales au moyen de médias informatiques qui réagissent au geste et au mouvement. Le Dr Sha enseigne les études critiques sur les technologies et les médias au Georgia Tech Research Institute et est directeur du Topological Media Lab, un atelier-laboratoire consacré à l'exploration du geste, de l'action et de la matérialité selon des perspectives phénoménologiques et informatiques. En 1997, il a cofondé www.Sponge.org, un collectif de recherche artistique consacré à l'expérimentation publique sur « la signification ressentie et le désir ».

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DATA : Transferts
L'équipe 5 : AElab, traduit par Yves Lanthier

Un monde souterrains
DATA : transferts est un prolongement de notre recherche en cours sur le pouvoir de l'image et sa représentation à l'échelle micro et nanométrique, financée par la Fondation Daniel Langlois pour l'art, la science et la technologie. Nous venons de terminer une résidence d'artiste au Nanolab du département de chimie de l'Université McGill (dont le Dr Bruce Lennox est président et directeur), où nous avons reçu l'assistance de la doctorante Vicki Meli. La relation qui s'est nouée avec les deux scientifiques au cours de cette résidence de huit mois a donné lieu à des discussions sur la représentation, l'éducation, l'éthique et l'écologie, de même que sur les liens entre l'art et la science. Au laboratoire, nous avons accédé à divers appareils de microscopie numérique et nanotechnologique, notamment le microscope électronique à balayage (MEB ou SEM, Scanning Electron Microscope), le microscope à forces atomiques (AFM, Atomic Force Microscope) et le microscope à effet tunnel (STM, scanning tunneling microscope), qui nous ont permis de visualiser des échantillons matériels, puis d'en sauvegarder des images sous la forme d'images 2D, de topographies 3D et de séquences vidéo en direct.

Notre réalisation pour HorizonZéro est étroitement liée aux interfaces entre le nano et le numérique, avec leurs méthodes homologues de visualisation des données. Nous explorons l'espace analogique entre le nano, les microstructures et l'assemblage moléculaire. Nous explorons également divers processus de production de l'image et une hyperconscience, une hyperobservation d'événements et de phénomènes quotidiens. Ces éléments constituent un lien entre l'univers naturel constructif-déconstructif et l'univers technologique construit-déconstruit créé par l'être humain. À l'intérieur de ces paradigmes émerge la reconnaissance de mouvements et de transferts d'énergie omniprésents, dont la croissance et l'entropie sont les grands égaliseurs.

Pour la présente adaptation, nous considérons que l'architecture est implicite à l'oeuvre. Notre conception d'une « maison nanotechnologique de rêve » émerge d'une situation idéale où la contemplation de la réalité et la cognition directe des phénomènes nous situent dans l'espace et le temps, où l'observation de la nature nous relie à une certaine forme d'actualisation. Se sentir chez soi, c'est la sensation d'être chez soi dans l'instant, au coeur du moment où l'on saisit la relation profonde et rhizomatique entre la matière et l'esprit, et où nous pouvons poser une action fondée sur un échange conscient avec notre environnement, un principe sous-jacent de la pensée écologique. Le développement de matériaux orienté vers la conservation de l'énergie est l'un des champs de recherche prometteurs des nanotechnologies.

À l'intérieur du « foyer », notre projet se manifeste dans les fondations, sous la terre, le monde invisible, dans la composition des murs : il observe les matériaux, les fenêtres et les objets, scrute les échanges moléculaires et énergétiques de la vie quotidienne...

Notre espace reçoit son architecture de la progression d'une ligne qui se déroule sous la forme d'un circuit entrecroisé, dans une zone grise ouverte. La métaphore de la « lecture » et du « déploiement » est analogue à la façon dont le microscope AFM ou tout autre type d'appareil de lecture analogique ou numérique fonctionne : au point nodal des axes x, y et z constamment renouvelé, rafraîchi.

Pour la présente version, nous avons visualisé du papier carbone, du plâtre de Paris cristallisé, une toile d'araignée, du HOPG (highly ordered pyrolytic graphite), une aile de libellule, une vis de cuivre et de la styromousse d'emballage.

Les citations proviennent de la nouvelle Les morts de James Joyce.

L'équipe
Créée à l'été 1996 par Stéphane Claude, musicien électronique et ingénieur du son, et Gisèle Trudel, artiste des nouveaux médias, la cellule de recherche Æ intègre régulièrement la participation d'autres collaborateurs. Sous une forme plus anonyme, Æ cristallise leurs intérêts pour la conscience écologique dans l'utilisation des technologies, avec des productions enracinées dans les arts et les sciences. Les deux artistes vivent et travaillent à Montréal. Stéphane est coordonnateur et consultant en audio (Oboro); Gisèle est professeure de nouveaux médias (Université du Québec à Montréal). L'appellation Ælab désigne leurs présentations et publications, dont la diffusion est internationale. Pour en savoir davantage sur les réalisations passées, présentes et futures, rendez-vous à www.aelab.com.

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Le chez-soi nomade individuel
L'équipe 6 : Mary Flanagan, tiltfactor Design Group, traduit par Ève Renaud

Liberté de mouvement
Le Chez-soi nomade individuel ou CNI et ses idéaux collectifs procèdent de la notion voulant que la liberté de mouvement sera la valeur ultime d'un avenir où la nanotechnologie nous permettra de démonter et de remonter les structures spatiales et sociales du pouvoir. Notre vision est pragmatique et transformative, propice à la liberté de mouvement et à l'autonomie ainsi qu'à l'affranchissement des structures traditionnelles de races et de classes.

Si la société nous refuse le nécessaire, il reste la possibilité de rompre les amarres au profit d'autres relations, plus prometteuses. « La distribution de l'espace dans un bâtiment doit refléter les relations ordonnées entre les occupants. [...] L'architecture détermine dans une large mesure à quel point nous devenons automatiquement conscients des autres, de ceux qui vivent à proximité comme des étrangers. » (Bill Hillier) Logement de luxe, logement social, logement visé par l'article 8, logement du HUD, villas isolées au milieu d'hectares de pelouse verte : voilà le vocabulaire spatial contemporain qui permet de dominer et de comprendre le public. Si nous pouvions vivre au sein de communautés intentionnelles et planifiées sans sacrifier notre vie privée et notre liberté de mouvement, la qualité de vie générale serait meilleure.

Justement, le CNI restructure l'espace au moyen de logements modulaires préfabriqués, qui sont construits en fonction des valeurs et des identités personnelles tout en recréant un contexte au vocabulaire spatial et à l'inégalité géographique. La capacité même de se mouvoir donne à chacun le pouvoir de choisir de s'éloigner des notions prédestinées de race et de classe et de se construire ses propres réalités nouvelles.

Certains soutiendront que l'être humain n'est pas naturellement égoïste, mais plutôt altruiste à l'égard de ceux à qui il s'identifie. Les classifications par race, par foi, par capacité ou par sexe n'ont plus leur raison d'être. Seule reste cette simple théorie, l'argument de Locke voulant que notre esprit, à la naissance, soit une table rase. Les limites floues font fi de beaucoup de catégories déterminées, pavant la voie à une société dépourvue de « je ».

Ce rejet d'un sujet fixe trouve écho dans les Mille plateaux de Deleuze et Guattari, qui s'opposent au moi stable et immobile. Leur argument : éliminer l'ego pour une conscience libérale et avide, qui vise à développer une société et à s'occuper de la société choisie. En choisissant ainsi notre société et, de fait, en agissant de sorte que la société nous choisisse (par exemple, les règlements qui régissent les copropriétés et les coopératives modernes), nous sommes peu responsables envers nos contemporains immédiats. À mesure que nous nous faisons plus nomades, les procédés et les projets changent; la géographie économique devient l'économie vitale, et les systèmes de pouvoir central s'affaiblissent.

Pour Deleuze, le nomadisme est manifeste dans la formation de la conscience, à laquelle il est peut-être d'ailleurs essentiel. En redéfinissant l'immanence, la matérialisation décentralisée du sujet, nous explorons les notions de complexité, de dislocation, de mouvement et de devenir. Apatride. Déplacé. Dépourvu d'attache. Voilà qui permet une nouvelle vague d'être, d'apprendre, de vivre et d'aimer, sans racines ni fixations.

Bienvenue dans la toile du possible. Assistez à la naissance du mouvement et de la transformation perpétuels.

L'équipe
Tiltfactor a pour mission de promouvoir la recherche, le savoir et la créativité des jeux informatiques et de la culture numérique. Le groupe prête une attention particulière à l'incidence sociale des nouvelles technologies. Logé au Hunter College de New York, il aborde la conception de nouveaux médias selon une perspective activiste et accorde une importance à la conception des jeux, à la conception des logiciels et au rôle traditionnel des sexes et de la technologie informatique. Pour en savoir plus, voir www.tiltfactor.org.

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