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réflexion : sub-rosa
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Sub-rosa 14.1
Rêver : imaginer la maison nanotechnologique de demain
par Sylvie Parent et Angus Leech, traduit par Danielle Henripin.

14.1 - mars

Au mois d'août dernier, l'Institut des nouveaux médias de Banff organisait une rencontre multidisciplinaire sur les nanotechnologies et la création numérique intitulée Carbon vs Silicon. Ce numéro d'HorizonZéro propose de poursuivre la réflexion initiée lors de cet événement en offrant une grande variété de textes et de projets multimédias inspirés par cette rencontre. Dans Quintessence, Sara Diamond explique les motivations à la source de l'événement et rend compte des discussions qui ont permis à de nombreux projets subséquents de voir le jour, projets qui, bien sûr, seront présentés dans ce numéro d'HorizonZéro!

Mais d'abord quelques mots sur les nanotechnologies. Il y a une vingtaine d'années, de nouveaux outils formidables ont permis aux chercheurs d'observer le monde à l'échelle atomique et d'intervenir sur les molécules définissant la matière elle-même. Philippe Mercure, journaliste scientifique invité, affirme dans son article À la conquête de l'infiniment petit, qu'il a rédigé pour HorizonZéro, que les nanotechnologies s'engagent à « refaire le monde à l'échelle de l'atome », rien de moins. Ce domaine de recherche a déjà donné lieu à de nombreuses applications dans tous les secteurs de l'activité humaine et l'auteur présente ici l'ampleur de cette révolution.

Les nanotechnologies déclenchent des réactions vives et opposées, tant l'enthousiasme que la crainte, et touchent fortement l'imaginaire. En effet, de nombreux écrivains et artistes se sont inspirés des promesses de ces technologies pour inventer un futur tantôt fantaisiste, tantôt cauchemardesque. Parmi ceux-ci, Victoria Vesna et Jim Gimzewski, concepteurs du projet zero@wavefunction [http://notime.arts.ucla.edu/zerowave] et, plus récemment, de l'exposition NANO [http://nano.arts.ucla.edu/], qui s'est tenue au Los Angeles County Museum of Art. Dans l'article The Nanomeme Syndrome: Blurring of fact and fiction in the construction of new science (dont nous publions ici une version abrégée), les auteurs traitent des visions utopiques ou catastrophiques inspirées des nanotechnologies et démontrent qu'elles découlent des tensions existant entre les faits réels et les fabulations auxquelles ces technologies ont donné lieu.

La deuxième partie de ce numéro, prévue le mois prochain, présentera d'ailleurs six projets multimédias réalisés par des équipes multidisciplinaires (artistes, chercheurs, designers, etc.). Ces projets traiteront de la notion de « maison nanotechnologique de rêve ». Pourquoi la maison? Dans le cadre de Carbon vs Silicon de nombreux participants ont réfléchi à la transformation de l'espace domestique par les nanotechnologies. Nous leur avons donné l'occasion de manifester leur intérêt en les invitant à concevoir des projets qui donnent suite aux nombreuses discussions tenues lors de l'événement. La maison, c'est aussi l'environnement personnel, le reflet du monde intérieur de l'individu. Elle abrite notre environnement familier si bien que sa transformation potentielle par les nanotechnologies affecte le rapport au monde dans ce qu'il a de plus intime. Bien que ces projets artistiques ne soient accessibles que dans la deuxième partie de notre numéro, nous publions dès à présent un texte de fiction inédit de Jean-Louis Trudel, auteur réputé de science-fiction. Son remarquable récit nous entraîne dans un univers fantaisiste et surréel tantôt tragique, tantôt comique, inspiré par les nanotechnologies et mettant en évidence toute l'ambivalence qu'elles peuvent faire naître en nous. Par ces projets de création, nous faisons ainsi converger le domaine des nanotechnologies avec celui de la création numérique, dans le même esprit que la rencontre Carbon vs Silicon.

En complément d'information, nous avons préparé, pour les plus curieux, une liste d'hyperliens menant à des sites qui traitent des nanotechnologies. De plus, nous avons répertorié un grand nombre de faits concernant les nanotechnologies, lesquels ne manqueront pas de susciter des réactions, souhaitons-le, tant ce domaine de recherche nous entraîne parfois dans la science-fiction...

Bienvenue dans le monde des nanotechnologies exploré par la création numérique!

Sylvie Parent est la rédactrice francophone d'HorizonZéro.

14.2 - avril

L'un des aspects les plus intéressants du discours actuel sur les nanotechnologies, c'est la tension qu'il révèle entre la science et la science-fiction. Les entreprises et les chercheurs spécialisés dans les nanotechnologies tentent vaillamment de démêler pour le public certains des mythes véhiculés par la science-fiction, tandis que la fiction s'approprie souvent les nanotechnologies comme sujet, alimentant parfois les fantasmes et les craintes, mais donnant aussi lieu à de nouvelles voies de recherche en nous invitant toujours à réfléchir à leurs retombées possibles.

Un paradoxe des nanotechnologies est qu'elles nous confrontent à la fois à un rêve et à un cauchemar. À un rêve, parce que leur existence est encore ténue et donc qu'elles sont bien plus une oeuvre esthétique de l'imagination scientifique qu'une réalité technique (d'où leur richesse en tant que prétexte aux oeuvres de fiction et aux projections utopiques). Mais aussi à un cauchemar, parce que ces technologies peuvent comporter des risques - d'autant plus effrayants que nous n'en connaissons pas encore la nature exacte. Et si la nanofiction, le militantisme antinano et certaines formes de journalisme versent dans des craintes exagérées, peut-être que ces manifestations ne font, en somme, que nous offrir des métaphores de situations réelles auxquelles nous pourrions avoir à faire face un jour. De fait, bon nombre des débats culturels entourant l'émergence des nouvelles technologies et de la génétique - concernant des enjeux tels que la sécurité, la surveillance, la vie privée, le contrôle de l'information, les droits de la personne, la santé et l'environnement - vont sûrement revêtir un caractère encore plus urgent lorsque les nanotechnologies auront atteint leur vitesse de croisière.

Ces tensions - entre la fiction et la réalité, entre le rêve et le cauchemar - forment la toile de fond du numéro 14, et ce, à l'image du tissu formé par les mouvements d'attraction et de répulsion au sein de l'atome. Notre but est de demeurer ouverts aux paradoxes tout en les soumettant à l'exploration, au débat et à l'analyse critique.

Un de nos buts explicites a également été de déboulonner certains mythes au sujet des nanosciences : nous sommes donc heureux d'accueillir, dans notre numéro d'avril, un autre texte critique issu de la plume du réputé journaliste scientifique Tom Keenan. Dans Ramener la nanotechnologie à des proportions humaines, notre collaborateur porte un regard plutôt sceptique sur le battage médiatique autour des nanosciences - des spéculations boursières aux rumeurs concernant un remède contre le cancer, au stockage des données et à l'immortalité cryogénique. Tom dément ainsi certaines rumeurs et nous rappelle que, comme pour toute autre technologie, la question fondamentale n'est pas ce qui est possible, mais plutôt la façon dont nous choisissons d'utiliser une technologie donnée.

En plus de démystifier les nanosciences, un autre objectif de ce numéro est de rendre hommage au pouvoir de spéculation de la science-fiction - à sa faculté de soulever des questions et de nous aider à mieux comprendre notre avenir nanotechnologique. Ces considérations sont très proches du thème final de RÊVER, qui est d'imaginer comment l'architecture et nos maisons finiront par être transformées par les nanotechnologies. Comme dans la structure complémentaire de l'ADN, ces brins thématiques se trouvent entrelacés dans les divers projets de la section multimédia Maison nanotechnologique de demain, qui est lancée ce mois-ci. En effet, les artistes numériques se sont récemment joints - autant du côté de la spéculation que de la démystification - au dialogue culturel sur les nanotechnologies. HorizonZéro a donc invité six équipes composées d'artistes, de designers et (dans la mesure du possible) de scientifiques à élaborer chacune une esquisse architecturale interactive d'un concept de maison de rêve faisant appel aux nanotechnologies. Il en résulte, dans la plupart des cas, une sorte de fiction spéculative; et, à l'instar des bons textes de science-fiction, ces projets ont tendance à se baser sur de solides prédicats scientifiques, tout en évoquant des possibilités domestiques plutôt éloignées - utopiques ou non.

Dans L'esprit aux commandes de la cuisine, le bioéthicien Gregor Wolbring fait équipe avec l'artiste et généticienne Ruth West et le designer d'HorizonZéro, Myron Campbell, pour concevoir une maison contrôlée par télépathie. Dans Peaux habitables, la designer Kathryn Saunders, le chimiste David Wishart, l'artiste Tania Fraga et l'informaticien Russell Taylor imaginent des villes organiques dotées de structures liquides et de peaux translucides. Dans Le chez-soi nomade individuel, Mary Flanagan et le groupe d'étudiants en design de tiltfactor du Hunter College de New York, ont conçu un modèle de maison mobile modulaire s'inspirant des principes de la liberté et de l'autarcie ainsi que d'une esthétique du nomadisme. Architecture dotée de mémoire réunit l'artiste multidisciplinaire Joanna Berzowska et les designers Arek Banasik et Francis Reed, qui, collectivement, ont imaginé une nanomaison mémorable. Dans Le rêve de Kyo, l'écrivaine Kathleen Goonan collabore, avec le mathématicien et théoricien des médias Sha Xin Wei et le designer informaticien Brian Fisher, à la construction d'un récit au sujet d'une maison qui est capable d'éprouver des sensations et qui finit par expulser ses propriétaires avant d'accoucher de leur enfant! Enfin, les artistes audiovisuels montréalais AElab (Gisèle Trudel et Stéphane Claude), en collaboration avec Vicki Meli, du Nanolab de l'Université McGill, ont créé DATA : transferts, un projet qui délaisse un peu notre concept de maison de demain au profit d'un voyage fantastique audiovisuel dans une maison d'aujourd'hui, présenté à travers la lunette de l'imagerie nanoscopique.

Ces projets de nanomaisons reposent sur l'assise critique et contextuelle impressionnante des textes de la section Architectures. Dans La maison du futur, l'architecte Marie-Paule Macdonald retrace l'historique de la quête de la maison unifamiliale idéale, allant des prototypes modernes de métal et de verre des années 1950 à la maison numérique des années 1990 et à la maison nanotechnologique des fantasmes futuristes. Par ailleurs, dans La sphère publique, la sphère privée et l'invisible, la théoricienne des médias Michele White y va de quelques réflexions très stimulantes sur la section des Maisons nanotechnologiques de demain, lançant des questions à nos équipes de création au sujet de la signification même du mot maison et de l'articulation genre et technologie. Dans Avant-projets pour demain, nous publions trois brefs textes d'opinion, portant chacun sur un enjeu différent en rapport avec les nanotechnologies et l'environnement bâti : Gregor Wolbring poursuit la discussion - amorcée dans le projet L'esprit aux commandes de la cuisine - au sujet des nanotechnologies et d'une éthique universelle du design; Joanna Berzowska réfléchit à la question des dispositifs nanotechnologiques de stockage des données; et la commissaire Candice Hopkins considère à nouveau le thème de prédilection des rêveries nanotechnologiques, l'architecture nomade.

Enfin, la section Horizontal accueille ce mois-ci les prodiges de l'audiovisuel Skoltz_Kolgen. Leur oeuvre Nanowet est une commande spéciale pour RÊVER, mais elle est inspirée notamment des préparatifs en vue d'une performance-installation à venir, intitulée Epiderm, qui sera présentée à l'Usine C, à Montréal, en juin 2004. Cette oeuvre, qui fait appel à l'audio panoramique et à l'animation 3D numérique, offre au spectateur un modèle virtuel de nanostructures en mouvement - selon les termes des artistes, « une transposition artistique d'une structure complexe au niveau atomique, qui évolue dans l'espace dans un environnement d'humidité absolue ». Nous estimons qu'il s'agit d'une interprétation à la fois viscérale et superbe d'un nanopaysage qui, autrement, serait invisible.

Angus Leech est le rédacteur en chef anglophone d'HorizonZéro.

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