retour à HorizonZéro HorizonZero 11 vertical line layout graphic english >  

version imprimable  >

SAT : Entrevue avec Monique Savoie
Voyez cet article en version Flash  nécessite Flash 6 >

Entrevue avec Monique Savoie
La directrice de la SAT présente les projets récents et futurs de l'organisme
par Sylvie Parent

Introduction

Monique Savoie est la fondatrice et la directrice de la Société des arts technologiques (SAT). Elle nous a aimablement accordé une entrevue pour nous parler des projets actuels et futurs de la SAT. L'entrevue vidéo s'est déroulée dans les espaces de la SAT le 23 septembre dernier. Vous pouvez regarder les documents vidéos que nous avons préparés en choisissant un des thèmes abordés lors de l'entrevue ou lire la transcription de cette entrevue.

Entrevue avec Monique Savoie

1) La relocalisation récente de la SAT

La relocalisation de la SAT, il faut bien qu'on en parle, oui, c'est un peu comme de tourner le vinaigre en miel, je dirais. Nous avons reçu un avis d'éviction au mois d'avril. Comme tout le monde le sait, il y a ce grand projet à Montréal de construire le nouvel orchestre symphonique. Il a donc fallu trouver un lieu où se relocaliser. Rapidement, on s'est rendu compte, évidemment, que la rue Saint-Laurent, le centre-ville, le contexte urbain est très important dans le développement de la SAT. Donc, on a cherché à proximité d'où on était sur la rue Sainte-Catherine, à l'époque, et on a trouvé le 1195 rue Saint-Laurent. Il s'agissait d'un vieux marché abandonné, très difficile à visiter parce qu'il était très occupé par des pigeons morts. Donc, d'entrée de jeu, ce n'était pas évident. Ce lieu-là était pratiquement disparu de l'imaginaire des Montréalais puisqu'il était abandonné depuis presque dix ans maintenant. C'est un bâtiment en béton armé, qui ne paie pas de mine, puisqu'il a été construit pour six étages et qu'actuellement il ne fait pas son volume parce qu'il n'y a que trois étages qui nous satisfont complètement. Ces trois étages, on les occupe maintenant avec un centre de recherche et de production dédié au développement de la culture numérique.

À la SAT, quand on y entre maintenant, on y trouve un lieu public. La SAT est maintenant plus ouverte aux non-initiés avec ce nouveau bâtiment. Ensuite, on a toujours la grande salle, les studios de recherche. Éventuellement, on veut développer en studios internationaux pour artistes l'étage supérieur qui ressemblera un peu au modèle de PS1. Donc, des artistes qui viendraient de différents pays avec lesquels on aurait des programmes d'échange, pour des résidences d'artistes, donc qui pourraient profiter, de part et d'autre, de ces échanges. C'est un peu la façon dont on souhaite habiter l'espace pour l'instant, les 36 000 pieds carrés qui sont sur trois étages, mais on souhaite aussi développer les deux étages supplémentaires. Donc, maintenant quand on arrive sur Sainte-Catherine, ce qu'on voit plus ou moins, c'est une affreuse boîte à souliers. Par contre, on a eu le bonheur et le grand plaisir de casser tout un mur et on s'est aperçu que de l'autre côté du mur il y avait ce magnifique parc « designé » par Melvin Charney et, de l'autre côté du parc, il y avait les Résidences du Prêt d'Honneur et le Monument National.

Donc, il commence à s'établir dans le quartier quelque chose qu'on nomme peut-être le carrefour de la cyberculture, et ce, parce qu'il y aussi l'Université du Québec à Montréal à proximité. Donc, les jeunes nés avec les nouvelles technologies sont autour de nous. Peut-être qu'on amène dans ce quartier-ci une nouvelle couleur qui peut tout à fait cohabiter avec la marge qui nous entoure, parce qu'il faut bien le dire au passage, on est ici dans le red light. Je dirais que la SAT est peut-être comme une porte d'entrée de Montréal maintenant, puisqu'on se trouve au coin de la rue René-Lévesque et Saint-Laurent. Presque à notre opposé, mais peut-être aussi une autre porte de Montréal, se trouve Ex-Centris. Donc, il y a certainement là un axe en train de se développer. Et aussi un dialogue, puisque prochainement le Festival du nouveau cinéma présentera son volet « nouveaux médias » à la SAT.

2) Les partenariats initiés avec les événements en nouveaux médias à Montréal

Je pourrais souligner qu'à Montréal, la SAT est peut-être devenue une partenaire de rêve en ayant un créneau aussi pointu. On est assez unique, je dirais, au Canada et même dans l'ensemble du monde peut-être parce qu'on est né après plusieurs autres qui ont une longue vie comme centre d'artistes. Donc, il nous est aussi permis de faire des rapprochements avec différents festivals, événements et organismes qui existaient déjà. Et, dans ce contexte-là on développe des partenariats. Ces partenariats permettent souvent à des organismes qui voudraient ou qui auraient voulu avant nous, aller voir du côté des nouvelles technologies, mais qui n'avaient pas les ressources techniques ou les lieux qui pourraient accueillir ce type d'événements là. Je pense notamment au Festival de la nouvelle danse avec lequel on collabore depuis plusieurs années et pour qui la SAT est un collaborateur de rêve dans le sens qu'on peut absolument accueillir ces propositions-là. De même, je dirais que la danse est un médium de plus en plus interpellé par les nouvelles technologies. Donc, à la SAT dans le cadre de nos résidences, on a beaucoup de chorégraphes, dont Benoît Lachambre, qui est en résidence depuis plus de deux ans ici. La danse est un milieu particulier. Je dirais que, de plus en plus aussi, il y a des collaborations qui s'installent avec le design. L'Institut de design de Montréal a collaboré avec nous cette année. On poursuit cette collaboration de même que celle avec des groupes d'architectes. Donc, cette relation à l'espace, au temps et au corps interpelle nécessairement des technologies à différentes étapes du travail, soit dans la production ou la diffusion. On voit les artistes s'intéresser à voir comment les technologies peuvent s'intégrer aux différentes étapes du rouage d'une production.

3) Le programme de résidences d'artistes à la SAT

Quand on parle de résidences à la SAT, ce qu'on voit souvent ce sont des gens qui arrivent avec une idée. Je dirais que la SAT est là pour permettre à un projet d'arriver au moins à une forme prototypale. Donc, au premier jet, comment basculer une idée dans le réel. La SAT est ce premier levier qui permet à des artistes d'amener cette idée et de la présenter au public au moins une première fois. Dans le domaine où on est, l'interaction avec le public est très déterminante sur ce qu'une oeuvre peut devenir et sur comment on la travaillera. Donc, la SAT permet ça. Ce qui est aussi intéressant, c'est que, de plus en plus - on connaît bien la tournée pour la diffusion -, mais ce dont on se rend compte, c'est qu'il y a aussi des tournées de production. Donc souvent les projets démarrent ici, puis vont dans d'autres pays ou dans d'autres centres poursuivre leur production et ensuite reviennent à travers un réseau de diffusion. Moi, j'appelle ça le touring residency program parce que, par exemple, le dernier projet de Thomas McIntosh, Ondulations, a démarré à la SAT avec deux mois de résidences et ensuite s'est poursuivi à Helsinki et, pour la partie sonore, en Californie. On prévoit le présenter ici à l'été 2004. Donc, il y a des projets qui trouvent leur existence et leurs ressources en fonction d'une palette d'offres et en fonction aussi de chacun des centres, ce qu'on peut offrir aux différentes étapes. Donc, c'est une façon de travailler à l'accueil des résidences d'artistes à la SAT. Je dirais qu'on fait aussi du « sur mesure ». On ne travaille pas sur une thématique de l'année. L'arrivée des projets se fait un à la fois. Mais si on a des dates de tombée, c'est qu'il faut toujours s'ajuster aussi avec les différents programmes de subvention des Conseils des arts et de la Fondation Langlois, qui reçoivent plusieurs projets. Donc, on a décidé d'être ouvert à l'année à recevoir des projets. Le succès de la SAT, si j'ose souligner ça, ce sont les bonnes idées et les bons projets. On n'a certainement pas les moyens de les laisser passer. On a un comité qui est assez souple et qui permet à chaque projet, en fonction de l'arrivée des idées, celles qui sont retenues, en fonction, toujours là, de nos capacités à les soutenir et selon nos ressources.

4) Les partenariats avec l'industrie et le milieu universitaire

La SAT aime bien dire que nous sommes un centre transdisciplinaire. Alors, cette idée nous vient nécessairement du fait que notre ancrage est dans le domaine artistique, ça, on n'en doute pas. Par contre, on se situe peut-être entre le milieu scientifique, le milieu de l'ingénierie, voire même de l'industrie. Et la SAT tente de faire des ponts, d'avoir une attitude transversale. Et aussi parce qu'on dit que les innovations viennent de la rencontre entre science, art et technologie. Donc, on a aussi un bureau de liaison qui travaille à faire des ponts avec ces différents milieux. Il est très important pour nous qu'il y ait cette courroie, cette complémentarité-là, qui s'opère entre ces différents domaines.

Par exemple, il arrive souvent que des jeunes se retrouvent à la SAT, mais ils sont dans une période, après un bac par exemple, où ils se demandent s'ils feront une maîtrise. Et ils s'arrêtent ici pendant une année avec un projet personnel. Par la suite, il arrive qu'ils retournent à l'université avec une détermination différente et avec une motivation particulière. Donc, c'est la rencontre à la SAT « transgénérationnelle », des plus jeunes avec des plus vieux, des artistes accomplis et des jeunes, qui sont peut-être la relève, la génération montante d'auteurs. Une autre chose à signaler, c'est que la SAT se bat pour générer une nouvelle génération d'auteurs de contenus, peut-être se libérer d'être des consommateurs de technologies. Il y a un cheval de bataille là et de faire une place à une nouvelle génération, c'est un des mandats de la SAT.

Donc, ce lien avec le milieu de l'enseignement, actuellement, on a une entente avec sept universités dans le monde, dont cinq canadiennes, et ça fonctionne très bien. Avec l'industrie, on a établi un partenariat, mais, encore là, qui ne serait pas attaché à des livrables. C'est-à-dire que les artistes de la SAT ne produisent pas pour l'industrie, mais peuvent occasionnellement proposer, sous forme de demo party, des présentations de leurs travaux et, moi, je dis que c'est à l'industrie de voir que dans le travail que l'on fait il y a des possibilités de créer des relations, des échanges. Pour l'instant, on a le capital sympathie, on a une relation qui est très bien, en ce sens qu'on nous prête des équipements. Je dirais que l'intention est excellente. Certains jeunes de la SAT sont dans l'industrie. Aujourd'hui, par exemple, on a l'événement SIGGRAPH, un événement qu'on présente tous les mois, les deuxièmes mardis de tous les mois, et ce sont des jeunes qui viennent de l'industrie, qui viennent, par exemple, de chez Discreet Logic, d'Ubisoft et des compagnies qui travaillent beaucoup plus au niveau des jeux, mais de jeunes ingénieurs qui, eux, ont aussi une recherche indépendante, une recherche qui fait en sorte qu'ils se singularisent et qu'ils arrivent dans l'industrie avec des intérêts personnels. Ce que je trouve pertinent, si j'ose dire, c'est de voir comment la culture scientifique, la culture artistique et l'ingénierie peuvent tout à coup se rencontrer autour d'un bon projet. Il y a peut-être moins de préjugés qu'il y en avait dans d'autres générations, et, avec une bonne problématique de recherche, je pense que c'est assez facile de les réunir. L'autre chose, il faut bien le dire, c'est que les jeunes s'habillent de la même manière, ils écoutent la même musique et souvent ils regardent les mêmes filles ou les mêmes garçons. Alors, cela dit, ils ont des ressemblances en terme de comportements sociaux et je dirais même de code. Ils appartiennent tous, à mon avis, à cette culture numérique qui est en train de se définir.

5) Le projet Territoires ouverts - Open Territories

En fait, il faut dire que la SAT est équipée d'un réseau de fibres optiques. Nous sommes sur CA*net 4, le programme de CANARIE. C'est une technologie qui est très très importante et nous sommes très privilégiés de l'avoir à ce moment-ci. Un privilège qu'on n'a pas acquis facilement, c'est-à-dire que, depuis six ans, on réclame la possibilité de travailler et de faire de la recherche avec ces réseaux à haute vitesse. Il a fallu, au même titre que d'autres, faire des concours, des compétitions, prouver doublement que les artistes avaient une place à part entière comme chercheurs dans ce domaine. Donc, la SAT a obtenu tout récemment son réseau de fibres optiques et a aussi gagné un concours où 200 propositions avaient été déposées à travers le Canada et où seulement cinq projets ont été acceptés et dont un seul provient d'un centre d'artistes, la SAT. Donc, il s'agit de Territoires ouverts - Open Territories, qu'on appelle aussi le TOT. On a différents grands axes de recherches. Tous les projets sont développés sous le système de logiciels ouverts, open source, afin de créer une communauté de développeurs autant au niveau des contenus artistiques que des défis d'ingénierie pour adapter ces technologies-là, voire même de les détourner au profit des artistes.

Le projet Territoires ouverts offre différents axes de recherche, comme je le disais, tel que le Protocole IP, qu'on appelle Internet Protocol, qui permet de faire du streaming, donc de la captation en temps réel et d'avoir une qualité son et vidéo équivalente à ce qu'on a actuellement avec le broadcast. On est aussi interpellé par la diffusion, la téléprésence en multipoints, donc comment on peut développer le travail collaboratif en temps réel entre différents points. Ensuite, l'immersion et, à ce niveau-là, on travaille sur différents dispositifs qui vont jusqu'à des sphères gonflables, où là on peut intégrer d'autres axes de recherche à la SAT, qui comprennent le 360 degrés, son et image, donc la spatialisation et la téléopérationnalité. Donc, comment à distance on peut intervenir sur différents lieux à partir des différents systèmes qui sont intégrés. On parle du système MAX, par exemple, si on veut intervenir sur l'éclairage dans un espace avec une lecture d'une piste de danse, par exemple, dans un autre espace.

Ce sont toutes sortes de recherches qui se font ici. Actuellement, quatorze personnes, qui travaillent dans ces axes de recherche, dont trois ingénieurs seniors qui sont installés à temps plein à la SAT. Donc, ça nous donne une spécificité et je dirais aussi que le mot d'ordre à la SAT, c'est la contamination positive. Ce programme de recherche amène des gens de différents niveaux, de différentes disciplines et le croisement de ces connaissances, de ces recherches positionnent la SAT au niveau international. Et le consortium de recherche de TOT est formé d'une quarantaine d'organismes et d'associations dans le monde. Donc, c'est une véritable plate-forme de recherche qu'on a installée ici et qui interpelle tout ce qu'on a développé depuis notre création en 1996.

6) La SAT[o_Sphere]

Expliquer la SAT[o_Sphere], c'est comme partir sur une « baloune » ou raconter quelque chose qui est presque onirique. En fait, ce dont on se rend compte, nous, c'est qu'il n'y a pas d'espace, de lieu pour nous recevoir. Pourtant, on est invité partout dans le monde. Donc, on a décidé, on a un projet pilote maintenant, ce qu'on appelle le « bébé SAT[o_Sphere] », d'avoir notre propre salle un peu comme un « techno-circus ». Donc, avoir notre propre salle, qui pourrait accueillir 500 ou 600 personnes et dans laquelle on pourrait arriver avec toute notre « SAT-mobile », notre contenu et nos propositions artistiques. Comme c'est une demi-sphère gonflable, ça nous sert autant d'écran, d'abri que de lieu dans lequel on peut démontrer le savoir-faire de la SAT. Il y a actuellement un travail sur le calibrage de la projection vidéo - parce que vous comprendrez que c'est quand même une sphère énorme - et la spatialisation sonore. Et ça nous servira pour des événements, des ateliers et aussi comme salle d'écoute, le jour. Il y a actuellement différentes invitations pour ce projet, dont une invitation pour La Villette, en 2004, et au Forum 2004 à Barcelone qui se passe en même temps que Sonar et Arte Futura. Donc, une espèce de SAT sur la route, mais je dirais que cette idée-là est propre au média avec lequel on travaille. C'est-à-dire qu'on est dans un média qui traite beaucoup de mouvance et, curieusement, on vient de s'acheter un lieu. La deuxième idée qu'on a, c'est de partir... Mais je pense que la mouvance est propre à notre discipline, tout comme le réseautage. Donc, le lieu sera comme une tête de pont, une onde ou un noeud communicationnel, puisque ça permettra aussi d'intégrer toute la recherche qu'on fait sur les réseaux haute vitesse et d'amener ce lieu immatériel, virtuel, et de le promener, mais tout en le promenant, d'amener avec nous tous ces réseaux dans ce lieu qui établira un domicile temporaire selon où il s'établira.

Merci!

Sylvie Parent est la rédactrice francophone d'HorizonZéro.

Biographie de Monique Savoie
Issue d'une formation en milieu universitaire dans des domaines aussi variés que la biologie, l'art, la pédagogie et l'administration, Monique Savoie participe et représente l'effervescence de la culture d'avant-garde depuis près de vingt ans. Vidéaste professionnelle dans les années 80, elle participe à la tenue d'événements internationaux à Montréal dont le New Music America en 1990, le Festival de théâtre des Amériques en 1991 et en 1992 (Théâtre du Soleil), ainsi qu'en 1993 et en 1997. Elle a assumé la direction générale du Symposium international des arts technologiques ISEA95 Montréal, et elle fonde en 1996 la Société des Arts Technologiques (SAT), centre transdisciplinaire de recherche, de production et de diffusion voué à la culture numérique, qu'elle dirige depuis. Ses collaborations avec la scène artistique montréalaise et les organismes culturels sont aussi importantes que celles de la longue liste des partenariats qu'elle initie à travers ses fonctions de directrice.

haut haut  

 

Valid XHTML 1.0!
Valid CSS!